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·4 febbraio 2026
Luis Campos explique son rôle d’architecte au PSG

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Conseiller sportif du Paris Saint-Germain, Luis Campos s’est longuement confié à TF1info sur sa vision du football, sa méthode de travail et son rapport au scouting. À travers des anecdotes et des principes très concrets, le dirigeant portugais éclaire les fondations du projet parisien, loin des effets d’annonce et des décisions à court terme.
Vous vous êtes révélé être un dénicheur de talents hors pair. À Monaco, avec Bernardo Silva et Fabinho ; au LOSC avec Victor Osimhen et Rafael Leão ; et depuis 2022 au PSG avec Vitinha et João Neves, entre autres. À l’heure d’un football globalisé, hyperconnecté et ultraconcurrentiel, comment faites-vous pour être le premier à flairer les bons coups ? Il y a quelques années, je suis allé voir Pedri jouer. C’était la deuxième fois que je le voyais, j’étais déjà sur lui quand il évoluait à Las Palmas. C’est un match de la sélection d’Espagne des moins de 17 ans. On était six scouts au bord du terrain pour le regarder. Après les matchs, on allait souvent dîner entre nous, on discutait et on partageait nos idées et nos impressions. Aujourd’hui, c’est devenu impossible. Si vous allez sur une Coupe du monde U17, il n’y a plus 5 mais mille scouts ! Ils remplissent toute une tribune à eux seuls. Ça montre l’importance que le scouting a pris dans le monde du football. Le scouting que j’ai connu était différent de celui d’aujourd’hui. On n’avait pas la vidéo ni tous les outils extraordinaires qui existent maintenant. On devait faire appel à notre instinct, à notre expérience. Il fallait décrypter et comprendre la personnalité du joueur. Par exemple, l’échauffement donne des indications importantes sur son caractère, sa concentration et son application. Le voir jouer en match permet aussi d’emmagasiner beaucoup d’informations : son langage corporel, sa façon de bouger sur le terrain, sa manière de jouer avec les autres, etc. Le plus difficile lorsqu’on fait du scouting, c’est de réussir à faire la projection de ce que l’on voit sur le terrain. On doit se demander si un joueur qu’on observe dans une situation précise s’adaptera dans le contexte qui est le nôtre. Ça exige non seulement de l’expérience mais aussi de la sensibilité.
Avoir toujours un coup d’avance, c’est la méthode Luis Campos ? On continue dans le puzzle qui m’est si cher. Chaque joueur a un prix. Lorsqu’on construit une équipe, on ne doit pas dépasser un coût total. Sinon on va au-devant de graves problèmes, comme ça a été le cas à Monaco où il a fallu qu’on change tout le projet, un an seulement après l’avoir mis sur les rails. Avec l’expérience que j’ai pu accumuler, j’ai créé ma propre philosophie de travail, à laquelle je crois beaucoup. J’ai développé un super système de scouting. Il repose sur un principe simple : j’ai toujours sous la main des listes de 9 joueurs par poste avec 3 prix différents. Par exemple, vous avez une enveloppe de 40 millions d’euros pour recruter quatre joueurs. Si vous en dépensez 20 sur le poste où vous en avez le plus besoin, il ne vous reste plus que 20 millions pour faire le reste de votre mercato. Ça veut dire que, pour compléter le puzzle, il faut aller piocher dans une liste moins onéreuse. Mais encore faut-il en avoir une sous la main. Vous savez, je n’aime pas être surpris, j’anticipe beaucoup. L’anticipation est une de mes grandes forces. Ça fait partie de l’esprit du scouting. J’aime pouvoir répondre aux attentes de l’entraîneur avec qui je travaille. Je suis là pour l’écouter, comprendre le projet qu’il souhaite mettre en place et l’aider à trouver les bons joueurs. Lorsqu’on mène un projet, il est très important de réussir le mix entre l’économique, le sportif et l’opérationnel. Aujourd’hui, on a dans nos cuisines des machines qui font tout à manger. Vous pouvez avoir l’argent pour acheter les bons légumes, vous pouvez avoir les bons légumes mais il faut connaître la recette pour faire une bonne soupe. »
L’interview de Luis Campos dessine d’abord le portrait d’un homme façonné par le football bien avant d’être un dirigeant. Son rapport au jeu est intime, presque organique, nourri par l’échec du joueur qu’il n’a pas été et par une passion jamais reniée. De là découle une vision du scouting profondément humaine.
Campos rappelle un football d’avant, fondé sur l’observation, l’instinct, la lecture des comportements, là où aujourd’hui la technologie a démultiplié les outils mais aussi dilué la rareté. Sans rejeter le big data ou la vidéo, il défend une fusion des approches : voir, ressentir, puis confirmer. Cette philosophie irrigue ensuite sa méthode au quotidien.
Anticiper, ne jamais être surpris, penser chaque recrutement comme une pièce d’un puzzle global, avec des contraintes économiques claires. Les listes par poste, segmentées par niveaux de prix, traduisent une logique froide mais essentielle : construire sans déséquilibrer. Au PSG, cette rigueur est un luxe précieux. Elle permet d’accompagner le projet de l’entraîneur, de sécuriser l’avenir et de donner une direction claire à un club longtemps soumis à l’urgence plutôt qu’à la projection.
À l’heure où beaucoup de clubs subissent leur mercato, Campos rappelle que la stabilité et l’anticipation sont des avantages compétitifs majeurs. Dans un football pressé, le PSG a fait le choix rare de la maîtrise du temps.








































