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·30 de janeiro de 2026

Dans la peau d’un supporter du Real Madrid : récit d’une nuit électrique et cruelle à Lisbonne

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Il est à peine 11 heures quand l’avion décolle de Paris, et pourtant la journée a déjà ce parfum inimitable de la Ligue des Champions. Il y a un peu de fatigue dans les yeux, certes, mais surtout cette excitation nerveuse qui tient éveillé mieux que n'importe quel café. L'enjeu est limpide : le Real Madrid est dans le Top 3 au petit matin ; un nul ou une victoire à Lisbonne et la qualification directe dans le Top 8 est quasiment assurée.

Dans la cabine, l’atmosphère est déjà polarisée. Les maillots rouges sont nombreux, la forte diaspora portugaise de France rentrant au pays pour l'événement. Mais on croise aussi ces regards complices entre passionnés du club blanc. À l’atterrissage, pas de temps pour le tourisme.


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Direction l’hôtel indiqué par le club pour le rituel immuable des déplacements européens : contrôle d’identité, vérification du voucher, et enfin la délivrance du précieux sésame. On nous fixe au poignet ce bracelet "Real Madrid", qui nous transforme officiellement en membres du "parcage" du soir.

  1. À lire aussi : "Le Real Madrid retrouve Benfica en barrages de Ligue des champions !"

De l'union sacrée des fans du Real Madrid au bar à la fracture dans le métro

Le rendez-vous est donné à 15h30 pour la traditionnelle "previa". J’arrive une heure plus tard, et je découvre un parcage miniature en plein centre-ville. C'est la beauté du Real Madrid: c'est une Babel unie par un écusson. Français, Polonais, Allemands, Roumains… Tous sont là pour la même chose. Les chants montent, la bière coule, et les classiques « Cómo no te voy a querer » résonnent. À cet instant, le peuple madridista semble indivisible.

Pourtant, à 17h45, quand le cap est mis sur le stade, le ton change brutalement. Dans les rames de métro bondées, ce ne sont pas les supporters de Benfica qui posent problème, mais une tension interne inattendue. Les Ultras Sur sont présents, et leur cohabitation avec la Grada Fans officielle est électrique.

Doigts d’honneur, insultes qui fusent… C'est le paradoxe de ce déplacement : l'animosité ne vient pas de l'adversaire, mais de deux visions du supportérisme qui s'affrontent au sein même de la famille du Real Madrid. On tente de les éviter, eux cherchent la friction. Une fracture qui laisse un goût amer avant même d'entrer dans l'arène.

Le parcage : une cage pour vivre l'enfer

L'arrivée au stade impose sa réalité. Le parcage visiteurs n’est pas tout en haut, mais il est séparé du terrain par un épais filet de protection. Une barrière visuelle qui vole peut-être 30 % du terrain, mais c'est le prix à payer pour être là. Quand l’hymne de l’UEFA retentit, il est copieusement sifflé par tout le stade. Le match commence, et Benfica démarre sa finale sur les chapeaux de roue.

Vu du parcage, la première période est un supplice tactique. Sur notre gauche, le duel entre Prestianni et Carreras tourne au carnage. Benfica semble plus rapide, plus agressif, porté par une intensité que les joueurs du Real Madrid ne parviennent pas à égaler. Kylian Mbappé ouvre le score contre le cours du jeu à la 30e minute — une bouffée d'air pur — mais la réalité nous rattrape vite. À la pause, le tableau affiche 2-1 pour les locaux.

C'est là que le match change de nature. En seconde période, on ne regarde plus seulement le terrain, on sort les téléphones. Le football devient des mathématiques. On actualise frénétiquement le classement en direct. Malgré le score, nous sommes toujours virtuellement dans le Top 8. Alors les calculs commencent : « OK, il ne faut pas que Paris marque contre Newcastle… Le Sporting ne doit pas gagner à Bilbao… ».

Sur le terrain, le scénario s'emballe. Benfica passe à 3-1. Derrière la vitre blindée qui nous sépare des tribunes locales, le chambrage commence. Certains supporters du Real Madrid répondent avec arrogance, pointant l'écusson des 15 Ligues des Champions sur leur poitrine. C'est de bonne guerre. Quand Mbappé réduit le score à 3-2, le parcage s'enflamme de nouveau. On y croit.

Le chaos final et l'ironie du sort

Mais la cruauté du football moderne tient à sa simultanéité. À la 90e minute, une rumeur parcourt les rangs comme une traînée de poudre : les résultats des autres stades ont bougé, le Real Madrid est tombé à la 9e place. Il faut égaliser, maintenant, tout de suite, pour éviter les barrages.

En face, c'est l'inverse. Les supporters de Benfica comprennent qu'il leur manque un but pour accrocher le Top 24. Eux sifflent leurs joueurs qui temporisent, ignorant qu'ils sont virtuellement éliminés. Tout se joue sur l'ultime action. Un dernier coup franc pour Benfica. Le gardien adverse monte, dans un geste de désespoir total. Le centre part, et l'impensable se produit : le portier trompe Thibaut Courtois de la tête. 4-2.

Le stade explose dans un bruit assourdissant. Eux vivent une nuit historique et arrachent les barrages. Nous, nous sommes K.O. debout. La 9e place est confirmée. Dans le parcage, l'ambiance vire au règlement de comptes. Les Ultras Sur lancent des « Florentino dimisión », d'autres sifflent l'attitude des joueurs. Comme le veut le protocole de sécurité, nous restons bloqués trente longues minutes dans le stade vide, le temps de digérer la désillusion.

À la sortie, sur le trottoir d'en face, des Lisboètes euphoriques nous chambrent encore. On leur répond avec un sourire jaune : « On se voit dans deux semaines. » Car le destin a un sens de l'humour particulier. Les projections sont formelles : en barrages, le Real Madrid devra affronter... Benfica. La revanche est déjà programmée, mais le vol retour vers Paris aura, cette fois, un goût de cendre.

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