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·02 de abril de 2026
ITW / ASSE - Pierrick Courbon : "Les supporters sont traités comme des sous-citoyens, voire du bétail"

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·02 de abril de 2026

Alors que le ministère de l'Intérieur a activé une nouvelle mesure de dissolution envers les Magic Fans et les Green Angels, les deux principaux ultras de l'ASSE, la mobilisation s'organise dans le Forez. Pierrick Courbon, député de la Loire et membre de l'équipe municipale de Régis Juanico, nouveau maire de Saint-Étienne, est vent debout face à cette procédure qu'il juge tout simplement incompréhensible.
Tout d'abord, comment avez-vous appris cette procédure de dissolution ?
Nous l’avons appris très clairement hier matin, très tôt, par les associations de supporters elles-mêmes qui nous ont alertés, puisqu’elles avaient reçu les notifications dans la nuit. C’était une demi-surprise, dans la mesure où nous savions que la relance de la procédure de dissolution était dans les tuyaux depuis quelques semaines déjà. En revanche, nous avons été surpris de la rapidité et de l’accélération du calendrier, puisque les groupes concernés sont convoqués devant la Commission consultative nationale de prévention des violences dans les enceintes sportives le 13 avril prochain.
Cela peut apparaître précipité, non ?
C’est un délai extrêmement contraint. Nous avons donc immédiatement sollicité une audience auprès du ministre de l’Intérieur et lancé, en parallèle, une nouvelle mobilisation politique transpartisane auprès de tous les élus du territoire et du département de la Loire. Nous avons réussi à le faire rapidement : ce matin, les dix parlementaires de la Loire, le maire de Saint-Étienne qui est le président de la Métropole ont écrit conjointement au ministre de l’Intérieur pour lui faire part de notre incompréhension, de notre opposition claire et sans ambiguïté à la dissolution des groupes ultras à Saint-Étienne.
Pourquoi une telle action de la part de l’État ?
Nous considérons que les dissolutions sont un non-sens en matière de sécurité publique. Si elles permettent, à un moment donné, d’avoir une action en apparence forte sur le plan symbolique et en termes de communication politique, on peut dissoudre une association sans pour autant éradiquer la violence. Un procédure de dissolution permet l'affichage d'une certaine forme de fermeté sur le plan symbolique, mais elle n'éradique en rien la violence dans les tribunes. On ne dissout pas des individus violents, on dissout des associations. On n'enlève pas pour autant les individus des tribunes ou des déplacements. Nous avons insisté sur le caractère inefficace et risqué sur les plans juridique, institutionnel et organisationnel. À Saint-Étienne comme ailleurs, les pouvoirs publics, les forces de l’ordre, les collectivités locales et les clubs ont besoin d’associations avec des interlocuteurs clairement identifiés pour essayer, dans le cadre d’un dialogue soutenu, d’améliorer la sécurité dans et aux abords des stades.
Des supporters de l'ASSE - Icon Sport
Quelles différences existent avec la procédure déjà engagée l’an dernier, en vain ?
Par rapport à la dernière fois, nous mettons en avant deux éléments supplémentaires. Premièrement, à l’issue de la procédure avortée de l’an dernier, un contrat de sécurité a été négocié entre les pouvoirs publics et le club. Il visait des engagements réciproques, notamment une programmation de travaux de mise en sécurité du stade Geoffroy-Guichard (organisation des tribunes et sécurisation des flux). Nous nous sommes engagés auprès de l'État à les réaliser, mais il nous faut du temps. On ne comprend pas, alors que ce travail partenarial est engagé, que la dissolution nous retombe sur le coin de la tête avec ce timing.
Deuxième sujet : nous espérons que l’ASSE va pouvoir remonter en Ligue 1 d’ici quelques semaines. Le cas échéant, il y aura sans doute une très grande fête populaire mobilisant des dizaines de milliers de personnes. Je n’ose imaginer les conséquences si cette fête était gâchée par une annonce de dissolution. Il y aurait de sérieux risques de troubles à l’ordre public si l'on met 10, 20 ou 30 000 supporters en colère par rapport à une dissolution jugée collectivement injuste.
Comment expliquez-vous ce décalage entre l’image des supporters de Saint-Étienne et ces décisions du ministère de l’Intérieur de s’attaquer frontalement à eux, alors que les Ultras font la publicité du championnat français ?
C’est vraiment notre incompréhension. Autant nous sommes unanimes pour défendre nos groupes ultras, autant nous le sommes pour dire que chacun doit pouvoir aller au stade en sécurité, en famille ou quand on est une femme. Nous faisons vraiment le distinguo entre les groupes ultras et les groupuscules hooligans que personne ne défend et qui ont pour finalité la violence, ce qui n’est pas le cas de la mouvance ultra pour quiconque connaît le sujet de l’intérieur.
Pourquoi cette attaque envers Saint-Étienne et pas un autre club ?
On ne comprend pas pourquoi les pouvoirs publics s’acharnent sur Saint-Étienne alors qu’ils ne cherchent pas à faire le tri dans certains groupes hooligans ailleurs en France. Deuxièmement, on pense que dans le contexte sécuritaire actuel, le ministère de l'Intérieur veut faire de Saint-Étienne un exemple. On considère cela comme illégitime et infondé. Je pense aussi que l’échec de la procédure antérieure a été un camouflet pour le ministère et pour Bruno Retailleau à l’époque. C’était le premier échec de son mandat de ministre de l’Intérieur, et je pense qu’il y a, dans certains services, un esprit revanchard.
Florian Tardieu avec un fumigène - Icon Sport
Est-ce plus facile de s’attaquer à Saint-Étienne qu’à un autre club ?
Saint-Étienne est injustement stigmatisé. Aucune argumentation rationnelle ne permet de justifier cette punition. On sait que nous avons des groupes ultras puissants, connus et investis dans la ville. Au-delà de l’animation des tribunes, ils ont un vrai rôle social : animations, actions caritatives, soutien à des causes médicales... Le soutien populaire des Stéphanois pour ces groupes va bien au-delà des simples adhérents. C’est toute une ville qui veut faire bloc, sans naïveté mais avec l’intime conviction que le remède serait pire que le mal.
Que vous disent les supporters de Saint-Étienne ?
C’est de l’incompréhension. On se demande : pourquoi nous ? S'il y a des difficultés, il y en a dans tous les stades de France, avec des groupuscules hooligans autrement plus organisés à des fins de violence à qui l’on ne demande rien. Même des représentants des forces de sécurité ou du renseignement territorial nous disent en « off » qu'ils ne comprennent pas. On a l’impression d’être la victime d’un cas d’école pour faire peur ailleurs, là où il y a plus de poids politique ou médiatique. Mais ce n’est pas dans l’esprit stéphanois que de se laisser faire. À la différence d’autres stades, nous n’avons pas de cris de singe, pas de saluts néonazis, pas de dérives identitaires ni de tribunes politisées de manière radicale. On le doit aussi à l’action de régulation des groupes ultras qui font le ménage en tribune pour que le seul enjeu soit le soutien à l’équipe. Le jour où l'on n'a plus cela, nous aurons ces problématiques nouvelles et personne à qui parler pour les gérer.
Il y a aussi la question de la « vente » du produit football avec les images de Geoffroy-Guichard, qui rapporte forcément des clients !
C’est une hypocrisie que je dénonce régulièrement. D'un côté, la Ligue et les diffuseurs nous disent que les fumigènes entraînent des fermetures de tribunes, de l'autre, le produit d'appel pour vendre des abonnements, ce sont les images de tribunes embrasées, de tifos et de supporters qui chantent. On ne peut pas dire que Saint-Étienne est un produit d’appel qui fait vendre et, parallèlement, sanctionner les supporters parce qu’ils sont fervents.
L’an dernier, on avait vu une mobilisation de milliers de personnes dans la rue. Attendez-vous une action similaire cette saison ?
Je ne vais pas parler au nom des associations de supporters. Ce que je peux dire, c’est qu’il n’y a pas de résignation. Tout le monde veut se mobiliser dans son domaine. Pour l'instant, nous faisons du lobbying politique de manière unanime. Le courrier envoyé au ministre ce matin est signé par des parlementaires allant de LFI aux LR, en passant par les socialistes et les macronistes. Nous défendons le territoire. Le club va aussi essayer d’agir, et les supporters prendront leurs responsabilités. Nous voulons éviter une dissolution qui rendrait la situation bien plus problématique qu'actuellement.
Concernant l'audience du 13 avril, comment cela se passe-t-il ensuite ?
Les deux associations sont entendues séparément. La commission émet ensuite un avis consultatif, puis la décision appartient au ministère de l’Intérieur et passe en Conseil des ministres. Nous insistons sur le risque de trouble à l’ordre public si l’annonce tombait en même temps qu’une fin de saison pleine d’espoir sportif. La dernière fois, huit membres de la commission avaient émis un avis unanimement défavorable, ce qui avait contraint le ministre. Je n’imagine pas qu’ils émettent un avis unanimement favorable à la dissolution en l’espace d’un an. Soit le gouvernement passe outre en profitant d’un climat sécuritaire pour « taper fort », soit ils tiennent compte de l’avis.
Doit-on y voir une envie de « taper » sur les Ultras, une fois de plus ?
En tant que parlementaire travaillant sur le supporterisme, il est clair que les supporters n’ont pas bonne presse. Les pouvoirs publics sont très mauvais sur l'organisation des déplacements ou les mouvements de foule. En France, les supporters sont traités comme des sous-citoyens, voire du bétail. Quand on voit des arrêtés préfectoraux interdisant de se rendre à Nancy en se prévalant de la qualité de supporter de l'ASSE, on se demande dans quel monde on vit. On a de vrais sujets de libertés publiques. La France devrait regarder comment cela se passe ailleurs en Europe, où c’est parfois bien mieux géré. Mais comme nous sommes persuadés que nos doctrines sécuritaires sont les meilleures, cela n’aide pas à prendre de la hauteur.
La gestion des supporters ne ressemblent-elles pas à un laboratoire pour applique des mesures sécuritaires ?
Les supporters sont des cobayes pour appliquer des mesures de vidéosurveillance ou des sanctions administratives comme sur les interdictions de stades lourdes sans l’avis d’un juge. C’est une petite remise en cause de l’État de droit. On commence par les supporters car ils ont mauvaise presse et que les pouvoirs publics méconnaissent totalement la réalité interne de la mouvance ultra.
Les Magic Fans - Icon Sport
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