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·30 de abril de 2026
Pierre Sage : « Ce n’est pas parce qu’on affiche quelqu’un qu’on ne l’aime pas »

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·30 de abril de 2026

Une semaine après son nul 3-3 à Brest, le RC Lens va tenter d’accrocher une victoire qui lui permettrait de mettre un orteil de plus en Ligue des Champions samedi sur le terrain de Nice, son futur rival en finale de Coupe de France (32e journée de Ligue 1, 21h05, à suivre en direct sur Lensois.com et diffusé en intégralité sur Ligue 1+). A J-2 de ce déplacement sur la Côte d’Azur, Pierre Sage fait le point. L’occasion de revenir notamment sur ses propos à l’encontre des joueurs rapidement sortis en seconde période à Brest alors que le score était de 3-0 (Sotoca, Saïd, Aguilar, Masuaku).
Lensois.com : Pierre Sage, vous avez poussé un coup de gueule après Brest-RC Lens. Avec le recul, pensez-vous que cela pourrait créer des tensions vis-à-vis des joueurs qui pouvaient se sentir ciblés ? On peut enlever le conditionnel puisque les joueurs se sont vraiment sentis visés. Je m’en suis ouvert à eux et à l’ensemble du groupe. Je vais comparer ça à une situation de conflit dans une famille. Vous savez, ça arrive souvent, que ce soit lors d’un repas, ou au moment où il faut se répartir l’héritage. Il y a beaucoup de conflits dans les familles ! Et c’est justement dans ces moments-là que l’on voit vraiment le niveau d’amour. Et ce n’est pas parce qu’il y a un conflit dans un système que celui-ci est forcément ébranlé par ce qui arrive. À l’inverse, il doit aussi trouver ses ressources à l’intérieur de celui-ci. Et même quand le patriarche déconne, puisque cela a été le cas. J’y suis allé vraiment très, très fort. Je dois aussi montrer aux joueurs et au groupe que je les aime beaucoup et qu’on a beaucoup de choses à défendre encore. J’aurais pu jouer sur le timing en disant tout simplement que les joueurs n’ont pas le temps et pas le choix. Car ils ont tellement de beaux objectifs à atteindre… Mais ce sont tellement de bons gars que je ne pouvais pas laisser ça sous silence. Je me suis permis de leur donner ma position par rapport à la situation générale. Je me suis aussi permis de leur donner ma position individuelle par rapport aux reproches que je leur avais faits. Et ce n’est pas parce qu’on engueule quelqu’un ou qu’on affiche quelqu’un qu’on ne l’aime pas forcément. Il y a toujours un lendemain aux choses. Et nous, on a de beaux lendemains à vivre ensemble. C’est une période, en fait. À Lille, pour moi, il a manqué des choses. Contre Rouen, il a manqué des choses. Et forcément, à Brest, il a manqué beaucoup de choses aussi. De temps en temps, mon rôle, c’est de distribuer les bonbons. Et de temps en temps, mon rôle, c’est aussi de taper. Taper peut-être fort, peut-être maladroitement. Je le conçois aussi. Mais je reste quelqu’un d’humain, entier, honnête et transparent.
Avez-vous revu le match ? En faites-vous une analyse différente ? C’était pire. Cela a renforcé la question de savoir comment on peut être mené 3-0 dans cette première mi-temps. Car même si le match qu’on délivrait n’était pas à la hauteur des attentes, le score était tellement loin de la différence entre les deux équipes à ce moment-là, que c’est peut-être ça, je pense, qui m’a plongé dans cette colère noire. Et malgré tout, sur la 2e mi-temps, on se rend compte que lorsqu’on a pris les choses en main avec un peu plus d’efficacité, à la fois sur le plan défensif dans les transitions, mais aussi sur le plan offensif dans le déséquilibre et la finition, on a pu revenir au score. Et comme je l’ai dit à l’issue du match, on aurait même pu aller chercher la victoire. Maintenant, c’est vrai que certains joueurs l’ont mal pris, et c’est normal. Mais vous savez, je fais toujours la distinction entre le joueur et l’homme. Et même quand je tape très fort sur le joueur, j’ai toujours beaucoup de respect pour l’homme qu’il est. Parce qu’au quotidien, si je ne voulais pas travailler avec certains, ils l’auraient déjà compris depuis très longtemps. Et à l’inverse, ils ont peut-être aussi découvert une facette de moi qui me sort aussi de l’image qu’on me donne, du gendre idéal et de l’éducateur de jeunes. Et lorsque la compétition nous amène à être dans une exigence maximale, il est possible aussi que, de temps en temps, je sorte de mes gonds et que je sois capable de dire ce qui est nécessaire, et que je sois capable aussi de dire que j’ai déconné, pour faire en sorte que le bateau continue à avancer tranquillement sur sa trajectoire. Mais je n’ai pas l’impression aujourd’hui que le navire tangue. Bien au contraire. Ce qui est important, c’est de se dire les choses. Et de temps en temps, dire les choses, ça fait très mal. Mais de temps en temps, ça amène aussi la possibilité de se dire d’autres choses qui étaient nécessaires et peut-être un peu plus profondes.

Parvenez-vous à bien garder à l’esprit le fait que vous êtes aux portes de réaliser quelque chose de grand en allant décrocher une qualification directe en Ligue des Champions et une Coupe de France ? Ou est-ce que vous avez trop la tête dans le guidon pour enchaîner match après match avec le staff ? Je pense que c’est un peu des deux. On a le devoir de continuer à travailler sans vraiment se soucier des états émotionnels des uns et des autres, des états d’âme, mais aussi des peurs et de l’excitation. Parce qu’on sait qu’on a des objectifs à atteindre et on fera le point justement quand le moment des barbecues sera arrivé. Et à l’inverse, quand on se dit que ce club a 120 ans et n’a jamais gagné cette compétition, on voit la lourdeur de la responsabilité. Et cette lourdeur de la responsabilité, on l’a vue dans tous les yeux des personnes qu’on a croisées depuis qu’on s’est qualifiés pour la finale, voire même un petit peu avant. Mais ce n’est pas parce que ça n’a jamais été fait qu’on a le devoir suprême de le faire. C’est tout simplement parce que le club le mérite.
À Brest, vous avez donc encore pris 3 buts. Retrouver votre solidité défensive passée n’est-elle pas une priorité sur cette fin de saison ? Une chose est certaine, c’est que lorsqu’on attaque mieux, on laisse beaucoup moins le ballon à l’adversaire et c’est vrai qu’aujourd’hui, dans les buts qu’on a concédés, cela s’est surtout joué sur des transitions, sur les moments où on perdait la balle, plus que sur les moments où on était en défense placée. C’est plutôt cet aspect-là qu’on doit traiter. Et c’est vrai que le match qu’on va disputer ce week-end à Nice va vraiment nous mettre dans cette situation-là. Parce qu’au vu de la manière dont ils ont appréhendé leurs dernières rencontres, que ce soit à Strasbourg (victoire 0-2) ou à Marseille (1-1), c’est une équipe qui mise beaucoup sur ce moment-là du jeu. On va être confrontés à ce qui nous pose problème en ce moment et j’espère qu’on va le gérer avec beaucoup plus d’efficacité. Encore une fois, si on attaque bien, normalement l’adversaire ne doit pas être en situation de nous contrer, puisque nos positions étant plus proches les unes des autres, on va être capables, au travers d’un bon contre-pressing à la perte de balle, d’empêcher l’adversaire de jouer vers l’avant.
Propos recueillis par Christophe Schaad à la Gaillette-Gervais Martel







































