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·12 February 2026

Et si l’actionnaire minoritaire, c’était nous ?

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Eté 2025. Le MHSC vient de descendre en Ligue 2 à l’issue d’une des pires saisons de son histoire, celle des 50 ans. Exsangue, Laurent Nicollin est le capitaine d’un bateau qui prend l’eau de toutes parts. La situation est grave. À tel point qu’il envisage désormais de partager sa casquette de capitaine avec un matelot venu d’un autre navire.

La révolution a en fait eu lieu en février 2025 lorsque pour la première fois la famille Nicollin a annoncé vouloir ouvrir l’actionnariat de son club à des investisseurs externes. Depuis, Laurent a beau assurer au Midi Libre qu’il a “eu beaucoup d’appels“, force est de constater que malgré les banques d’affaires mandatées, un an plus tard, rien ne semble avancer. Et c’est logique, économiquement, le football français est malade et le MHSC l’est encore plus. Qui irait prendre le risque d’investir dans un club de football dans ce contexte, qui plus est pour devenir actionnaire minoritaire ? La manœuvre n’a absolument aucun sens d’un point de vue financier. Si vous en doutez, vous pouvez toujours demander aux derniers fonds de pensions qui s’y sont essayés et qui en sont ressortis à leurs frais. Non, je ne vois guère qu’un investisseur local amoureux du club qui ferait fi de toute rationalité économique pour mettre quelques billes dans le club qui l’a fait rêver étant jeune. Mais qui ? Mohed Altrad ? Totalement impossible. Loïc Soubeyrand, le fondateur de Swile, sponsor maillot du club ? Peut-être mais je crois que l’époque a changé, c’est fini les Alain Afflelou à Bordeaux, Peugeot à Sochaux, Nicollin à Montpellier. Investir dans les clubs de foot ne fait plus rêver les barons locaux. Si tant est qu’ils le peuvent, puisqu’avec l’inflation des prix du marché, le football est désormais une affaire de milliardaires (Jim Ratcliffe, François-Henri Pinault, Bernard Arnault, Dmitri Rybolóvlev, Frank McCourt, James Zhou) et d’états souverains comme au PSG. Au mieux, vous pouvez espérer vous faire racheter par un club de Premier League dans un schéma de multipropriété comme Troyes, Strasbourg, Lorient ou peut-être bientôt Annecy.


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Non, vraiment, je crois qu’il n’y a que nous, les supporters, pour accepter de mettre des ronds dans un club de foot comme le MHSC tout en restant minoritaire. Car dans un monde globalisé, avec une société en perte de repères, les consommateurs restent les derniers à être attachés à des symboles de l’économie nationale. L’émoi qu’a suscité la liquidation de l’entreprise Brandt ou le succès de la levée de fonds citoyenne de Duralex sont autant de preuves de l’attachement des français aux marques de leur enfance. En matière de football, aussi, c’est lorsqu’un club est en danger, que ce lien indéfectible qui unit les habitants d’une région à leur club se matérialise sur le plan financier, souvent à travers l’actionnariat populaire.

Ayant vécu à Nantes, j’ai assisté à l’échec du collectif nantais dans sa tentative de rachat du club. Une tentative ratée qui m’avait poussé à ranger l’actionnariat populaire dans la case “idée top, mais beaucoup trop utopique“. Mais récemment, une série d’articles sur le sujet m’a fait revoir certaines certitudes sur le sujet. En août dernier, Libération a consacré un article sur les socios français, le quotidien s’intéresse au modèle économique de cet actionnariat fragmenté et Sochaux fournit un bon cas pratique. Dans le Doubs, 11 000 supporters ont réussi à réunir la bagatelle de 800 000 € . “Si je suis devenue socio, c’est pour ce que le FCSM représente sur le territoire, une tradition, quelque chose qui dépasse largement le football. Je suis née à Montbéliard, j’habite désormais Belfort, et pour le Nord Franche-Comté, le club représente énormément de choses pour les gens d’ici. Et la manière dont les socios se sont montés pour apporter les 800 000 euros qui ont permis au club de ses sauver, ça raconte quelque chose de ce territoire de résistance et de résilience“, résume une Sociochaux, habile jeu de mots pour désigner les socios sochaliens.

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Malheureusement, même si les supporters héraultais venaient à réunir 800 000 €, la somme représenterait une goutte d’eau dans le budget annuel de 29 millions d’euros du MHSC. Surtout quand on regarde de près les récents chiffres de la DNCG : la saison passée, la Holding Nicollin a encore injecté 7,5 M d’euros et a abandonné pour près de 18,7 M de créance. Dans ce contexte, difficile pour le commun des mortels de faire une vraie différence. Le constat est amer mais ce que montrent les exemples français c’est que le mouvement socio est aussi un fantastique levier pour créer un engouement autour d’un club. Comme l’explique Thimothée Duverger, ingénieur de recherche à Sciences Po Bordeaux, à Bastia, le club s’est reconstruit autour d’une “coalition territoriale” entre investisseurs territoriaux et socios. Un alliage qui se matérialise dans le capital social de la société coopérative d’intérêt collectif (SCIC) derrière le SCB : sur les 800 000 euros, 600 000 euros sont issus des entrepreneurs locaux et 200 000 euros des socios. Une formule qui permet une gouvernance démocratique avec une meilleure prise en compte des supporters. Et ça marche ! Près de 10 ans après la rétrogradation administrative de Bastia en National 3, le SCB est redevenu un club professionnel parfaitement structuré malgré un budget limité.

Mais c’est à l’étranger que le succès sportif de la “formule socio” est le plus flagrant. On commence avec le club de Heart of Midlothian en Écosse, une terre où le Celtic et les Rangers dominent outrageusement le football local. Actuels premiers du championnat avec 6 points d’avance sur le Celtic (au 24/01/2026), les Édimbourgeois sont en passe de réaliser l’exploit de détrôner les deux gros, ce qui serait une première depuis 1985. Pourtant, en 2013, criblé de dettes après la gestion catastrophique du fantasque multimillionnaire russo-lituanien, Vladimir Romanov, le club était au bord de la disparition. C’est grâce à l’intervention combinée d’Ann Budge, riche entrepreneuse amoureuse du club, qui a investi la bagatelle de 2,5 millions de livres et d’une levée de fonds des supporters que le club s’est sauvé. Progressivement, à travers la Fondation of Hearts, les supporters ont rassemblé près de 20 millions de livres en un peu plus de 10 ans. Un processus continu, environ 1,5 million de livres sterling est levée chaque année via les contributions régulières de 8.500 d’entre eux. C’est cette stabilité économique qui rend le club attractif, l’été dernier Tony Bloom, le propriétaire de Brighton et actionnaire minoritaire de l’Union Saint-Gilloise, a investi 10 millions de livres pour acquérir 29% des parts du club. Un apport conséquent mais qui s’est fait sans changement de propriétaire, les supporters restent majoritaires ! Autre exemple : le Real Oviedo est remonté cet été en Liga, 24 ans après avoir quitté la première division espagnole. En 2012, pourtant, le club des Asturies était au bord de la liquidation. À l’époque, 350 000 euros avaient été réunis par les supporters sur les 2,4 millions d’euros nécessaires pour sauver le club. L’engouement populaire était tel qu’il avait permis d’embarquer dans le projet d’ancien joueurs comme Santi Cazorla, Michu ou Juan Mata dans le projet. Même le Real Madrid ira de sa petite contribution avec un investissement de 100 000 euros, mais c’est finalement l’apport du Mexicain Carlos Slim, l’un des hommes les plus riches du monde, qui mettra définitivement à l’abri le club. Aujourd’hui encore, 29% des parts du club sont réparties entre 36 962 petits actionnaires.

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Alors que retenir de ces exemples en France comme à l’étranger ? D’abord que l’actionnariat populaire intervient essentiellement lorsque les clubs sont en très grand danger : Hearts, Bastia, Sochaux ou encore Oviedo, chacun de ces clubs étaient sur le point de disparaître avant que les supporters tentent le tout pour le tout en réunissant quelques centaines de milliers d’euros. Et c’est là, toute la limite du “modèle socio” lorsqu’il intervient en période de crise, les supporters mêmes réunis par milliers n’ont pas les moyens à eux seuls de sauver leur club de cœur. Sans Ann Budge à Hearts, Carlos Sim à Oviedo ou encore les familles Ferrandi et Luiggi à Bastia, la renaissance des clubs n’auraient pas été possible. En revanche, la présence massive des supporters dans l’actionnariat semble gage de stabilité et donc un motif d’attractivité pour les investisseurs, quitte à rester minoritaires, comme l’a montré cet été l’arrivée de Tony Bloom à Hearts.

Malgré ses difficultés économiques, Montpellier n’est pas dans une situation comparable aux crises qu’ont traversées Bastia ou Sochaux, mais le club serait surement bien inspiré d’ouvrir un peu son actionnariat à ses supporters, ne serait-ce que pour rétablir un lien qui s’est un peu brisé avec la saison catastrophique des 50 ans. Puis, qui sait, l’entrée au capital de milliers de petits actionnaires pourrait servir d’appât pour hameçonner un plus gros poisson.

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