Le Journal du Real
·23 January 2026
Le Bernabéu au cœur d’une tempête judiciaire

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·23 January 2026

Le Bernabéu place le Real Madrid dans une situation juridique inédite. Si le club a l'habitude des tribunaux sportifs et des instances d'arbitrage, il est beaucoup moins coutumier des chambres correctionnelles pour des affaires de voisinage. L'institution se retrouve aujourd'hui sous le feu de la justice ordinaire dans un dossier qui pourrait faire jurisprudence, le tribunal d’instruction numéro 53 de Madrid ayant officiellement convoqué le club à comparaître.
L'accusation est lourde : le club doit répondre des nuisances sonores générées par les concerts organisés dans son enceinte rénovée, le Santiago Bernabéu, entre avril et septembre 2024. Selon l’ordonnance de la magistrate en charge du dossier, le club aurait dépassé tous les seuils de bruit fixés par la réglementation municipale, affectant directement et dangereusement la santé des riverains vivants aux abords immédiats du Bernabéu.
Cette décision judiciaire ne vise pas seulement l'entité morale, mais cible directement sa tête pensante administrative : José Ángel Sánchez. Le directeur général du club, bras droit de Florentino Pérez et responsable de l’entreprise en charge de la gestion des spectacles au Santiago Bernabéu, devra se présenter personnellement au tribunal pour défendre sa gestion.
L’affaire est née de la ténacité d'un collectif citoyen : l’Association des riverains affectés par le Bernabéu. Après des mois de plaintes ignorées ou minimisées, l'association a porté l'affaire devant les tribunaux, armée de preuves techniques irréfutables concernant l'activité du stade.
La plainte dénonçait le dépassement "systématique et régulier" des niveaux sonores autorisés lors des grands événements musicaux organisés dans l'enceinte du Bernabéu. Plusieurs rapports d’ingénierie acoustique indépendants ont été versés au dossier. Ils ont été réalisés notamment pendant les concerts de superstars mondiales comme Taylor Swift, Manuel Carrasco ou Luis Miguel, tous venus se produire au Santiago Bernabéu.
Ces relevés ont confirmé que les décibels explosaient littéralement les plafonds légaux. Comme le rapporte la Cadena SER, un rapport officiel de la police municipale de Madrid est venu valider ces mesures privées, soulignant que le bruit émanant de l'antre madrilène atteignait des niveaux susceptibles de causer des dommages réels à la santé publique (stress, insomnies, troubles auditifs).
Ce dossier met en lumière un conflit déchirant pour certains plaignants. La Cadena SER révèle les propos d'Enrique Martínez, porte-parole de l’association et figure centrale de cette fronde. Loin du cliché de l'anti-madridiste primaire, Martínez est un socio fidèle, sympathisant du club depuis des décennies, mais dont la vie à côté du Santiago Bernabéu est devenue un enfer.
« Nous ne sommes pas fiers d’amener le Real Madrid au tribunal », confie-t-il avec amertume. Pour lui, cette action judiciaire est un acte de légitime défense qui ne vise pas l'institution sportive, mais la protection vitale des résidents du Bernabéu. Selon son analyse, le modèle économique agressif mis en place par le club a piétiné le droit fondamental des citoyens au repos.
Malgré les critiques initiales, les moqueries sur les réseaux sociaux traitant les riverains de l'enceinte merengue de "retraités pointilleux", Enrique Martínez estime que la décision de la magistrate de convoquer le club crée un précédent salutaire. « Au final, on comprend que c’est un sujet sérieux, comme l’a été la réglementation sur le tabac à son époque », précise-t-il. La justice doit désormais déterminer si le Real Madrid s'est rendu coupable d'un délit environnemental par pollution sonore.
Au-delà de l'aspect sanitaire, c'est toute la stratégie économique de Florentino Pérez concernant le temple du Real Madrid qui est percutée de plein fouet. Le projet de rénovation ne visait pas seulement à moderniser un stade de football ; il avait pour ambition de transformer le stade du Real Madrid en une "machine à cash" fonctionnant 365 jours par an.
Le stade devait devenir le point névralgique de l'événementiel en Espagne : concerts géants, matchs de NFL, tennis et festivals au cœur du Bernabéu. Ce modèle de diversification devait faire du Real Madrid le club générant le plus de revenus d'exploitation au monde. Pérez rêvait d'entrer dans l'histoire comme le second président bâtisseur, marchant dans les pas de son illustre modèle, Santiago Bernabéu (le président historique), qui avait érigé le vieux stade de Chamartín.
Si la justice impose des restrictions sonores drastiques ou interdit les concerts au Bernabéu, c'est la clé de voûte de ce plan à un milliard d'euros qui s'effondre. Le jugement actuel ne porte pas sur les décisions de la mairie, mais voir le Real Madrid au banc des accusés pour l'exploitation de son stade est une image inédite qui écorne son prestige et oblige la direction à repenser urgemment sa stratégie.
Ilyes Belala








































