OnzeMondial
·4 juillet 2026
Après Petković, l’Algérie doit regarder ses propres compétences... Autopsie d'une sélection encore en retard

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·4 juillet 2026

À force de chercher le prochain sauveur à l’étranger, l’Algérie oublie peut-être l’essentiel : les compétences existent déjà, entre anciens internationaux, techniciens locaux, diaspora et profils modernes. Encore faut-il les réunir dans une vraie structure.
Comme souvent avec l’Algérie, dès que ça secoue autour de l’équipe nationale, le débat repart sur les noms. Qui pour prendre la suite si la page Petković venait à se tourner ? Bougherra ? Anthar Yahia ? Matmour ? Mesbah ? Un grand nom étranger ? Un technicien local ? Un profil francophone ? Un entraîneur allemand ? Un sélectionneur africain expérimenté ? Quelqu’un de disponible tout de suite ? Quelqu’un qui parle français ? Quelqu’un qui connaît l’Afrique ? Quelqu’un qui a vraiment envie de venir ? Toutes ces questions sont légitimes. Mais elles ne doivent pas masquer l’essentiel.
L’important, ce n’est pas seulement le CV. Ce n’est pas seulement la nationalité. Ce n’est même pas seulement le fait de parler français, même si ça peut aider. L’important, c’est que le prochain sélectionneur se sente concerné à 100 %. Qu’il ne vienne pas en Algérie comme on fait une escale de plus dans une carrière. Qu’il ne voie pas les Verts comme une ligne exotique dans un palmarès ou comme une mission de transition avant autre chose.
L’Algérie n’a pas besoin d’un nom qui passe. Elle a besoin d’un homme qui s’implique. Un sélectionneur qui comprend que ce poste dépasse le simple terrain. Qu’il touche à une histoire, à un peuple, à une diaspora, à une passion énorme, parfois excessive, mais unique. Un homme capable de se dire que venir entraîner l’Algérie, ce n’est pas seulement diriger une sélection. C’est participer à une construction nationale. Et peut-être qu’on pose encore mal la question.
Le vrai sujet, ce n’est pas seulement le prochain sélectionneur. Le vrai sujet, c’est ce qu’on construit autour de lui. Parce que les grandes nations ne fonctionnent plus avec un homme seul, deux adjoints et une promesse de nouveau départ. Le football moderne, c’est une structure, une vision, une capacité à relier le terrain, la vidéo, la data, le scouting, la formation, le management et la connaissance intime d’un vestiaire.
Cet article n’a pas vocation à dire que tous les profils cités réussiraient forcément. Ce serait trop simple, et pas très sérieux. Diriger l’Algérie n’a jamais été un poste ordinaire. La pression y est immense, le rapport au maillot est particulier, les attentes sont parfois démesurées, et même les meilleurs parcours peuvent se heurter à la réalité de cette sélection.
Mais l’inverse serait tout aussi injuste : balayer ces noms parce qu’ils ne font pas l’unanimité, parce qu’ils peuvent déplaire, ou parce qu’ils ne correspondent pas à l’image du grand sélectionneur rêvé par une partie du public. Ces profils existent. Ils ont des expériences, des vécus, une connaissance du terrain, de l’Algérie, de l’Afrique, de l’Europe, du football local ou de la diaspora. Certains sont peut-être prêts pour un rôle majeur. D’autres seraient plus utiles dans un staff, dans une cellule de scouting, dans la formation, dans la coordination ou dans l’ombre.
L’idée n’est donc pas de vendre des certitudes. Elle est de rappeler qu’il existe des compétences algériennes, parfois discutées, parfois sous-estimées, parfois oubliées, mais qui ont une carte à jouer. Et qui peuvent, dans une vraie structure, devenir des solutions potentielles au lieu d’être des noms qu’on ressort seulement quand tout va mal.
L’Algérie a les joueurs, la passion, le public, la diaspora, les anciens, les techniciens locaux. Les compétences existent. Le problème, c’est qu’elles sont trop souvent dispersées. Il est peut-être temps de les réunir.
Si l’Algérie veut un visage algérien fort pour incarner un nouveau départ, Madjid Bougherra vient naturellement en haut de la liste.
Il connaît la sélection, le maillot, la pression, les attentes, les excès parfois, mais aussi l’énergie incroyable que peut dégager ce pays quand tout le monde tire dans le même sens. Il a déjà travaillé avec l’Algérie A’, il a gagné, il a dirigé un groupe, il a connu les matchs qui pèsent, les compétitions sous tension, les vestiaires à gérer et la responsabilité de représenter le pays depuis le banc.
Bougherra a quelque chose que peu de profils algériens ont aujourd’hui : une légitimité immédiate auprès du public et des joueurs, mais aussi une expérience concrète avec une sélection algérienne. Ce n’est pas seulement un ancien capitaine qu’on remet en vitrine. C’est un homme qui a déjà vécu la fonction.
Mais il ne doit pas être seul.
S’il revient dans une réflexion autour des A, il faut que ce soit dans un cadre plus grand que lui. Avec un staff fort, une direction technique forte, des relais modernes, des spécialistes, des hommes de terrain, des analystes, des profils capables de travailler sur le long terme. Sinon, on recommencera le même cycle : un nom, une promesse, une crise, puis un autre nom.
La vraie question n’est donc pas seulement : “Bougherra ou pas Bougherra ?” La vraie question est : “Bougherra dans quelle structure ? Avec qui ? Pour quel projet ?”
Djamel Mesbah est un profil qui mérite d’être davantage valorisé.
Il n’est pas forcément celui qui parle le plus fort, ni celui qui cherche le plus la lumière. Et justement, c’est peut-être ce qui le rend intéressant. Mesbah a connu le haut niveau européen, l’Italie, la rigueur tactique, l’exigence défensive, mais aussi la sélection algérienne et tout ce qu’elle représente.
Dans un staff, ce type de profil peut être précieux. Pour travailler sur les couloirs, l’équilibre défensif, la relation avec les joueurs, la transmission, le sérieux du quotidien. Un bon staff n’a pas besoin uniquement de grandes voix. Il a besoin de gens fiables, respectés, capables de travailler dans l’ombre et de faire progresser les joueurs. Mesbah peut être ce relais-là.
Karim Matmour est l’un des profils les plus intéressants si l’on parle vraiment de football moderne. Pas seulement parce qu’il a été international. Pas seulement parce qu’il connaît l’Algérie. Mais parce qu’il a une culture du football allemand, du travail structuré, du scouting, de l’observation, de la détection, de l’analyse des profils. Et ça, pour l’Algérie, c’est énorme.
Aujourd’hui, une sélection ne peut plus fonctionner uniquement avec des coups de téléphone de dernière minute ou des joueurs découverts quand ils sont déjà dans la lumière. Il faut suivre avant. Identifier avant. Comprendre avant. Créer du lien avant.
Un jeune binational qui progresse en Allemagne, en France, en Belgique, aux Pays-Bas ou ailleurs doit être connu, suivi, analysé, accompagné. On doit savoir son poste réel, son évolution, ses qualités, ses limites, son environnement, sa mentalité, son entourage, sa compatibilité avec le projet de jeu. Matmour peut apporter ça.
Il peut être un pont avec l’Europe. Un homme du scouting. Un profil capable d’aider à moderniser la lecture des joueurs. Quelqu’un qui comprend à la fois les codes algériens et les méthodes des clubs structurés. C’est exactement le genre de compétence que l’Algérie doit arrêter d’utiliser de manière ponctuelle.
Dans une maison technique sérieuse, Matmour doit avoir un rôle clair.
Anthar Yahia, on le ramène toujours à Omdurman. C’est normal, parce que cette image restera. Mais son intérêt aujourd’hui est ailleurs.
Il a le profil d’un homme capable de structurer, de penser au-delà du prochain match, de comprendre les enjeux d’une sélection, mais aussi ceux d’une organisation. Ce n’est pas forcément le profil du pompier qu’on appelle pour une urgence. C’est plutôt un profil de bâtisseur.
L’Algérie a besoin de ce type d’hommes. Des gens capables de faire le lien entre les générations, entre les A et les jeunes, entre les clubs, la diaspora, les staffs, la direction technique. Des profils capables de parler football, mais aussi méthode, organisation, continuité.
Yahia peut être important dans une logique de projet 2030. Pas forcément parce qu’il faudrait lui donner tout de suite les clés de l’équipe A, mais parce qu’il peut aider à construire une structure qui dure.
Il ne faut pas non plus oublier les techniciens algériens qui travaillent ou ont travaillé loin de la lumière médiatique.
Adel Amrouche, par exemple, a une vraie expérience des sélections africaines. Il connaît les déplacements compliqués, les fédérations difficiles, les terrains hostiles, les vestiaires multiculturels, les matchs de qualification, les réalités du continent. Ce n’est pas rien.
Miloud Hamdi, Kamel Djabour, Noureddine Zekri, Lotfi Amrouche, Karim Khouda, Kheireddine Madoui et d’autres rappellent aussi que les compétences algériennes existent dans les clubs, dans les staffs, en Afrique, en Europe, dans le Golfe. Tous n’ont pas le même profil, tous ne sont pas faits pour la sélection A, mais tous font partie d’un écosystème qu’il faut mieux regarder.
Une fédération moderne doit savoir identifier ces profils, les suivre, les utiliser au bon endroit, au bon moment, dans le bon rôle. Le problème de l’Algérie, ce n’est pas l’absence de compétences. C’est souvent l’absence d’organisation pour les réunir.
Une vraie révolution ne veut pas dire tout raser. Au contraire, il faut garder les gens compétents déjà en place, les renforcer, les mettre dans une ligne claire. Le DTN doit être au centre du jeu, pas à côté. Les U20, les U17, les U16, les U23 ne doivent pas vivre séparément de l’équipe A.
Les jeunes ne doivent plus être des sélections isolées. Les U16 doivent préparer les U17. Les U17 doivent nourrir les U20. Les U20 doivent préparer les U23. Les U23 doivent devenir le sas naturel vers l’équipe A. Et la A’ doit redevenir un vrai outil pour le championnat local.
Aujourd’hui, l’Algérie a des U17 engagés dans une Coupe du monde, des U20 prometteurs, des U23 relancés avec les échéances olympiques en ligne de mire, des U16 à accompagner. Ce n’est pas le moment de fonctionner à l’ancienne.
Il faut une ligne. Une méthode. Une continuité.
C’est peut-être le point central. Tous ces noms ne serviront à rien si chacun veut être le patron. Si chacun attend le poste de sélectionneur. Si chacun refuse un rôle parce qu’il le juge trop petit. Si les egos passent avant le projet, l’Algérie restera dans le même cercle.
Le vrai défi, c’est que cette génération accepte de travailler ensemble. Bougherra, Mesbah, Matmour, Yahia, Saïfi, Ziani, les techniciens locaux, les profils de la diaspora, les hommes déjà en poste : personne ne doit se sentir décoratif, mais personne ne doit non plus croire que le projet lui appartient seul.
Les meilleures nations avancent parce que les compétences sont alignées. Il y a un sélectionneur, oui. Mais il y a aussi une direction technique, des analystes, des scouts, des responsables de catégories, des préparateurs, des spécialistes de la performance, des gens qui travaillent dans l’ombre. L’Algérie doit sortir de la culture du sauveur.
Le football moderne ne se joue plus seulement sur l’instinct.
Les grandes sélections travaillent avec des bases de données, des rapports individuels, des analystes adverses, des outils vidéo, des suivis physiques, des profils de performance, des cellules de scouting, des spécialistes capables d’aider le staff à prendre de meilleures décisions.
L’Algérie doit aller vers ça. Pas pour faire joli. Mais parce que le haut niveau l’exige.
On doit mieux connaître nos joueurs. Mieux connaître nos adversaires. Mieux suivre les jeunes. Mieux anticiper les blessures. Mieux préparer les matchs. Mieux analyser les profils compatibles avec le projet. Mieux comprendre les nouvelles générations.
L’Algérie a une chance immense : elle a un vivier local et une diaspora énorme. Mais trop souvent, on oppose les deux. C’est une erreur. Le championnat local doit être mieux observé, mieux intégré, mieux respecté. Il doit nourrir la A’, les jeunes, parfois l’équipe A. Mais la diaspora doit aussi être suivie avec sérieux, sans improvisation.
Un jeune à Alger, Oran, Tizi Ouzou, Lyon, Marseille, Paris, Bruxelles, Rotterdam, Dortmund ou Montréal doit pouvoir entrer dans le radar algérien très tôt. Pas forcément pour être appelé. Mais pour être connu.
L’Algérie n’est pas pauvre en compétences. Elle est riche de profils très différents.
Mais cette richesse ne vaut que si elle est organisée.
Si l’après-Petković doit ouvrir une nouvelle page, il ne doit pas commencer par un nom. Il doit commencer par une méthode. Par une direction technique forte. Par une structure moderne. Par une cellule scouting sérieuse. Par une continuité entre les catégories.
Le prochain sélectionneur devra surtout comprendre une chose : l’Algérie ne cherche pas seulement un entraîneur pour gagner le prochain match. Elle cherche quelqu’un capable de s’inscrire dans une mission plus grande que lui.
Parce que le vrai progrès ne viendra pas d’un seul nom.
Il viendra du jour où toutes les compétences algériennes accepteront de construire la même maison.
Par Adlane Messelem
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