AS Saint-Étienne
·24 avril 2026
Christian Sarramagna : un talent à l'état pur

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·24 avril 2026

Pied gauche soyeux, centres travaillés, frappes soudaines : Christian Sarramagna a martyrisé une kyrielle de défenseurs latéraux mis au supplice et offert des "galettes" aux attaquants stéphanois se délectant de services aux petits oignons ressemblant à s'y méprendre à du caviar. Lauréat du concours du jeune footballeur en 1968, le Basque, débarqué dans le Forez en 1970, "détourné" des Girondins de Bordeaux, sous l'amicale insistance de Pierre Garonnaire et la pertinence du dossier dûment constitué et défendu devant la Commission Juridique par Charles Paret, inscrivit son nom au palmarès de la Coupe Gambardella dès sa première saison en Vert. Bénéficiant des conseils avisés de Spasoje Samardzic et de Georges Bereta, des spécialistes au poste d'ailier gauche, reconnus par leurs pairs, ce fin technicien doté d'une patte remarquable au service du collectif, travailla dur, progressa et s'installa sur le flanc gauche de l'attaque ligérienne. Et, tapa fatalement dans l'œil du sélectionneur des Bleus, Stefan Kovacs qui le sélectionna en Équipe de France en 1973 face à la Roumanie.
Avec ses potes à vie - Christian Lopez dont il partageait une chambre d'un petit "appart" du centre-ville, Alain Merchadier, le joyeux drille de cette petite bande vainqueur de la "Gambard" dès leur première saison à l'ASSE, Patrick Revelli, Christian Synaeghel et Jacques Santini -, Christian Sarramagna a tissé des liens d'amitié empreints de sincérité, de loyauté, d'entraide. "Nous n'étions pas uniquement des coéquipiers. Nous formions une famille. Et le demeurons à ce jour, cinquante ans plus tard. Nous étions unis dans la vie de tous les jours, il se passait quelque chose de fort entre nous. Nous étions un groupe sain. Nous ne nous sommes jamais pris la tête", confie "Sarra".
Et ce fils et petit-fils de boulanger d'ajouter : "Nous savions d'où nous venions et en étions fiers. Nous avions eu la chance de recevoir une bonne éducation. Un coach exceptionnel tel qu'Albert Batteux nous l'a parfaite en quelque sorte. Il nous a offert l'opportunité incroyable de prendre part aux séances avec les pros, des joueurs talentueux, expérimentés, qui avaient déjà tout gagné et installé les Verts au sommet de la D1. Cette opportunité, nous l'avons saisie, avons mûri très vite, étant respectueux, attentifs et et réceptifs aux conseils avisés qui nous étaient prodigués. Nous avions pleinement conscience de la chance qui était la nôtre. Au-delà de la passion qui nous habitait, nous avons appris le métier."
Évoluer à Saint-Étienne, un club qui avait un coup d'avance dans tous les domaines, en était une. Cette réussite, l'ASSE la doit à un trio hors du commun. "Roger Rocher était un président visionnaire, très humain, un chef d'entreprise qui m'a tendu la main et prolongé lorsque j'ai été gravement blessé face à Rouen (en 1978, l'attaquant stéphanois fut victime d'une double fracture ouverte tibia péroné, ndlr). Robert Garonnaire s'est rarement trompé. Il avait des yeux partout en France, jouissait d'un fabuleux réseau. Quant à Roby (Herbin), dont je suis devenu plus tard l'adjoint, c'était une belle personne avec laquelle j'ai partagé des moments intenses. Il était réservé, voire introverti. Il s'isolait parfois mais personne ne remettait en cause son autorité. Il était le seul maître à bord et avait su identifier les manques dont les Verts pâtissaient sur la scène européenne. Les séances étaient quasiment identiques. Parfois, on ne touchait pas le ballon mais personne ne bronchait. Il a su nous inculquer cette dimension athlétique et ce mental qui ont fait la différence."
Les Verts ont su ainsi repousser leurs limites, surmonter les obstacles, se hisser au haut niveau. Step by step. Dans la rigueur, le travail et l'humilité. "On avait du potentiel certes mais on gardait les pieds sur terre. On ne se prenait pas pour d'autres et les résultats ont suivi", poursuit ce génial gaucher. "Vous pouvez réaliser un exploit, un soir où les planètes sont alignées, où tout vous réussit. En revanche, lorsque vous renouvelez ce genre de performances, ce n'est pas le fruit du hasard. C'est ainsi que Chorzow, Split ou Kiev sont tombés à Sainté. Je me souviens également d'un match contre Bastia. Nous étions menés 2-0 lorsqu'une panne de courant est survenue à dix minutes du coup de sifflet final. Dans le vestiaire plongé dans le noir, Roby n'a pas parlé. Nous avons décidé de jouer à 3 derrière, Osvaldo (Piazza) et Jean-Michel (Larqué) évoluant un cran plus haut. Les Corses ont touché trois fois le ballon pour aller le chercher au fond des filets (3-2) !"
C'était ça l'ASSE. C'était ça Christian Sarramagna. Ne jamais renoncer, toujours se relever et faire montre de détermination, de résilience et de fierté. Cela n'a hélas pas suffi le 12 mai 1976 à Glasgow face au Bayern Munich (1-0) en dépit d'un gros match de "Sarra" jugé par les observateurs et ses coéquipiers comme le meilleur Stéphanois, ce soir-là. Ou, outre son talent naturel, "Sarra" mit en lumière l'effet de la fameuse psychologie du couloir. "Quand vous jouiez à Bastia, à Nîmes ou dans un derby, ces instants avant de rentrer sur la pelouse se révélaient parfois déterminants. Entre intimidation, agressions verbales et regards. Les adversaires testaient votre vulnérabilité. Lorsque j'ai croisé celui de mon vis-à-vis, le Danois Hansen, j'ai eu le sentiment d'avoir pris l'avantage. Je l'avais déjà rencontré avec les Bleus. Il s'en souvenait également. Je l'ai ressenti et cela a facilité ma tâche. Systématiquement, je l'ai provoqué et très honnêtement, j'ai plutôt bien réussi cette finale que j'ai abordée avec sérénité, sans pression excessive."

Hansen, incapable de museler Sarramagna, vivra un calvaire. Hélas, aucun centre délivré par le gaucher stéphanois ne sera repris victorieusement; l'un d'entre-eux voyant le coup de tête de Jacques Santini percuter la transversale d'un Sepp Maier, impuissant, planté sur ses appuis. "Pour ma part, j'ai raté un coup de tête qui aurait dû être gagnant. J'étais idéalement placé, ai coupé la trajectoire du ballon au premier poteau mais n'ai pas trouvé le cadre. Je m'en suis longtemps voulu, me suis repassé l'action des dizaines de fois. Mais le jeu de tête n'a jamais été mon truc! Nous aurions tant aimé offrir ce trophée à nos formidables supporters. ils croyaient tellement en nous. Nous étions sublimés. On aurait tant voulu leur rendre tout l'amour qu'ils nous portaient." La désillusion fut cruelle. Tout comme, deux ans plus tard, lorsque le Rouennais Amouret brisa net son rêve de Coupe du monde. "À cette époque, les attaquants n'étaient pas suffisamment protégés. Et de fait, je n'ai pas été épargné par les blessures. Le Docteur Imbert m'avait laissé entendre que je ne retrouverais jamais l'intégralité de mes moyens. J'avais notamment perdu en vélocité, en force. Ma jambe, ce n'étaient plus que les os ! Bien épaulé par Gérard Forissier, j'ai pu rejouer, un an plus tard.'"
À grands renforts de courage et grâce également à cette relation fraternelle, puissante avec ses amis de toujours, qui lui auront permis de dépasser la souffrance, la frustration liée à de multiples blessures ayant jalonné sa carrière sans que pour autant son talent à l'état pur version "gauche caviar" ne soit jamais remis en cause, questionné.









































