Foot National
·12 juin 2026
Entretien - Freddy Morel après son départ de Bourgoin : "Je veux retrouver un projet où le jeu m'anime"

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·12 juin 2026

En poste depuis 2024, Freddy Morel ne sera plus l’entraîneur du FC Bourgoin-Jallieu la saison prochaine. Entre les regrets de la montée manquée en National 2 et les souvenirs indélébiles de l'épopée historique en Coupe de France, le technicien de 40 ans dresse le bilan de son aventure ciel et grenat avant de se confier sur son avenir. Entretien.
Freddy, quel bilan global tires-tu de cette saison de National 3, conclue à la 4e place du groupe H ?
Sur le plan des émotions, le premier sentiment qui domine est la frustration. C’est frustrant parce que nous avons occupé la bonne place pendant très longtemps. Malheureusement, nous avons concédé deux séries de matchs nuls contre des équipes qui luttaient pour leur maintien. Cela nous a fait perdre la maîtrise que nous avions sur notre sujet. C’est le virage de notre saison, le moment où l’objectif s’est envolé. Pour autant, cette poule a été extrêmement serrée. Le niveau était sensiblement le même partout et cela s'est joué sur des détails. Le haut de tableau était très équilibré. Au final, sur les clubs qui visaient la montée, il y a un heureux et des déçus. Nous faisons partie des déçus. Nous avons montré de bonnes choses, notamment une vraie solidité, mais nous avons manqué de constance sur le plan offensif. C’est ce qui nous a fait défaut sur la durée.
À quel moment précis et sur quels détails estimes-tu que la montée en National 2 (la quatrième division française sera rebaptisée National à partir du 1er juillet, NDLR) s'est envolée face à ces concurrents ?
Au début, nous avons mis beaucoup de temps avant de concéder notre première défaite. Mais la montée ne s'est pas jouée sur ce premier revers, notamment lorsqu'Alès est venu l'emporter chez nous. Cela s'est décanté un peu plus tard, face à des formations moins bien classées contre lesquelles nous avons cruellement manqué d'efficacité. Si je devais isoler le facteur principal qui nous a privés de la montée, c'est indiscutablement notre inefficacité offensive. Défensivement, grâce à un énorme travail collectif, nous sommes restés solides tout au long du championnat. Dans le jeu, nous parvenions à nous procurer autant de situations qu'avant, mais nous avons manqué de réalisme devant le but. Bien sûr, un dénouement n'a jamais une cause unique, c'est un ensemble de petites choses. C'est rageant, car en termes de performance globale, cela reste une bonne saison. Elle n'est simplement pas ponctuée par l'objectif que nous nous étions fixé.
Impossible de ne pas évoquer la Coupe de France. Tu as as amené le club jusqu'en 8es de finale lors de la saison 2024-2025. Quel regard portes-tu sur cette aventure ?
Ce fut un véritable parcours, jalonné de plusieurs grandes performances. La première d'entre elles a été d'écrire une page d'histoire pour le club en l'emmenant pour la première fois jusqu'en 32es de finale. Nous avons su faire respecter la hiérarchie au début, avant d'enchaîner les exploits et les grandes prestations. Je pense à Martigues, où nous livrons un match plein, tant par la folie du scénario que par le contenu du jeu, tout en restant fidèles à nos principes. Ensuite, il y a eu ces moments magiques contre l'Olympique Lyonnais. Dans ce genre de match, il y a des tournants qui font basculer le destin d'un côté ou de l'autre, et cela a soudé notre état d'esprit. C'est une épopée incroyable qui marquera à jamais la vie du FCBJ. Je ne suis pas certain que le club vive cela de sitôt. Ces moments-là fédèrent un club et son public. L'engouement généré, sur le terrain comme en dehors, était exceptionnel. Ce sont ces vibrations qui animent chaque passionné de football, qu'il soit joueur ou entraîneur. Nous avons préparé ces rendez-vous au millimètre et la pièce est tombée du bon côté. Cela laissera une trace indélébile dans la région.
Les victoires contre Martigues et l'OL ont marqué les esprits. Comment avais-tu abordé tactiquement et mentalement ces rencontres ?
Ces deux rencontres répondaient à des contextes bien distincts. Lorsque nous affrontons Martigues, ils sont alors mal au point et en plein changement d'entraîneur. On sentait à la vidéo que cette équipe était touchée psychologiquement. Notre angle d'attaque était clair : nous voulions imposer notre jeu et démarrer très fort. C’est ce que les joueurs ont fait, et cela a dicté le reste de la partie. Face à Lyon, l'approche était radicalement différente. Il fallait d'abord rendre une copie propre pour croquer dans l'événement à pleines dents. Nous savions pertinemment que nous serions privés de ballon, contrairement à nos principes habituels. La clé était de faire durer le match, de résister, de créer un contexte inconfortable pour eux et de se montrer piquants lors de nos premières cartouches dans le premier quart d'heure. Nous avons réussi à générer de la frustration chez eux, tout en veillant à ne pas les laisser entrer dans leur match. Nous savons d'expérience que pour le "gros", il est toujours plus difficile de trouver les leviers de motivation. Il fallait être acteurs de notre match. Tactiquement, la préparation a été lourde pour donner un maximum de repères aux garçons. Finalement, ce sont les joueurs qui ont décidé du sort de la qualification en livrant, ensemble, le match parfait.
En 8e de finale, vous tombez face à Reims aux tirs au but. La déception a-t-elle laissé place à la fierté d’avoir bousculé un autre cador de l’élite du football français ?
C'est certain qu'au moment d'aborder la séance de tirs au but, tout le monde imaginait déjà le même dénouement que face à Lyon. C’est la cruauté absolue du football. Sur ce match, nous avons été moins dangereux offensivement, mais nous nous sommes montrés tout aussi solides derrière. C'est une immense fierté d'avoir su s'organiser et s'adapter aux problèmes tactiques que nous imposait une deuxième écurie de Ligue 1. Sur le coup, la déception l'emporte toujours, car nous abordons chaque tour avec l'ambition de passer. Notre appétit grandissait au fil de l'aventure. Mais la fierté prend le dessus quand on repense à ce stade, que nous avons rempli trois fois de suite, porté par un public qui s'est pris au jeu et qui poussait de plus en plus fort. La communion était magique. Certes, l'histoire ne s'est pas terminée comme nous en rêvions, nous aurions adoré épingler une nouvelle Ligue 1 à notre tableau de chasse, mais ces instants restent mémorables.
Tu ne seras pas l'entraîneur de Bourgoin la saison prochaine. Qu'est-ce qui a motivé cette décision de ne pas poursuivre l'aventure ?
Il y a d'un côté le constat factuel que l’objectif collectif de la montée n'a pas été atteint cette année. Mais de mon côté, j'éprouvais aussi le besoin de trouver un nouveau projet global, qui s'aligne pleinement avec mes ambitions personnelles et avec la volonté d'avoir du temps pour bâtir. Ma frustration à Bourgoin restera celle de ne pas avoir réussi à ramener immédiatement l’équipe en National 2, un niveau que le club venait tout juste de quitter. Aujourd'hui, après ces deux saisons intenses, j'ai besoin d'un nouveau défi pour me restimuler, continuer de progresser et mettre mes diverses expériences au service d'un club sur le long terme.
De quoi sera fait ton avenir ? As-tu des pistes ou un projet précis que tu aimerais privilégier ?
J'ai eu quelques contacts avancés avec des clubs de quatrième division qui n'ont finalement pas abouti. C'est regrettable, car ce sont des projets qui présentaient de belles valeurs humaines et un potentiel intéressant. Cela ne s'est pas fait, mais c'est exactement ce type de défi que je recherche aujourd'hui : un projet ambitieux sur la durée, porté par des dirigeants désireux de construire une vision cohérente, de la tête du club jusqu'au rectangle vert, afin de véhiculer de vraies valeurs. Je veux retrouver un projet où le jeu m'anime, où je peux manager les hommes et piloter la performance. L'idée est de reconstruire ce que j'ai pu mettre en place ici, à travers l'épopée en Coupe et l'aventure en championnat : stabiliser un groupe de joueurs, proposer une identité forte sur le terrain et faire vibrer un territoire.
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