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·22 juin 2026

EXCLU - Djamal Mohamed : « Le projet de l'AS Cannes se construit avec ambition et rigueur »

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À la suite de la montée historique de l'AS Cannes, le directeur sportif Djamal Mohamed revient sur son parcours, sa méthode pour composer avec des budgets restreints, les coulisses de cette saison réussie, la ferveur des supporters ainsi que les grandes orientations du mercato à venir.

Un parcours forgé sur le terrain

Peux-tu te présenter rapidement, nous dire d'où tu viens et ce que tu as fait jusqu'à présent ?


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J’ai 45 ans et je viens de Marseille. J'ai un profil d'ancien joueur du football amateur. Ma transition vers les fonctions de directeur sportif s'est faite à Marseille Consolat, un club où j’ai évolué sur le terrain avant d'en prendre la direction sportive entre 2013 et 2014.

Après y avoir passé plusieurs saisons, j’ai rejoint le FC Martigues pour une nouvelle expérience de quelques années. Parallèlement à mes fonctions en club, j’ai assuré pendant plus de huit ans le rôle de directeur sportif de l’équipe nationale des Comores, avec qui j'ai eu la fierté de participer à deux Coupes d’Afrique des Nations (CAN). Aujourd'hui, je suis engagé avec l’AS Cannes.

Comment est née cette vocation pour le métier de directeur sportif ?

Pour être tout à fait franc, ça n'était pas un plan de carrière prédéfini. J'étais encore joueur, je devais avoir 31 ou 32 ans, lorsque le président de Marseille Consolat de l'époque, Jean-Luc Mingallon, m'a sollicité. J'étais le capitaine de l'équipe et il m'a dit : « Écoute, on cherche un directeur sportif. Tu as le charisme, les épaules et la légitimité pour ce rôle. Tu es la personne idéale. »

Au début, j'étais réticent. J'avais encore les jambes pour jouer et j'avais un peu l'impression qu'on me poussait vers la sortie. Mais nous étions en décembre, qualifiés pour les 32èmes de finale de la Coupe de France. J'ai demandé un temps de réflexion, j'en ai parlé avec mon épouse qui m'a encouragée en me disant que cela pouvait être une excellente opportunité pour ma reconversion. J'ai donc accepté de relever le défi à l'issue de la saison.

As-tu suivi une formation spécifique ou as-tu appris sur le tas ?

Au départ, je me suis formé tout seul. J'ai commencé en CFA et j'ai eu la chance, dès ma première année, de vivre une montée immédiate en National 1. Cela m'a plongé directement dans le grand bain. J'ai construit mon réseau et développé mes compétences seul. Ce n'est que plus tard, après mes années à Martigues, que j'ai validé une formation diplômante en management sportif.

La vision du métier : Management, décision et rigueur budgétaire

Qu’est-ce qui définit un bon directeur sportif selon toi ?

Un bon directeur sportif doit être capable de fédérer. Il doit amener le staff, les joueurs et l’ensemble du club à adhérer à la politique sportive définie. Le sens du management est primordial : seul, on ne fait rien ; ensemble, on peut déplacer des montagnes.

Il faut aussi savoir anticiper, « sentir » les bons coups, et surtout prendre des décisions. Qu’elles s'avèrent bonnes ou mauvaises avec le recul, un dirigeant doit trancher. Si on n’est pas capable d’assumer cette responsabilité, on ne peut pas exercer ce métier.

Tu dois gérer une trentaine de joueurs, un staff technique, la cellule de communication, les catégories de jeunes... Comment fais-tu pour aligner tout le monde vers un objectif unique ?

Il est indispensable d'être bien secondé à chaque échelon. Un directeur sportif ne peut pas tout gérer seul au quotidien, qu’il s’agisse de l’équipe première, de la réserve ou de la formation. Je m'appuie énormément sur des référents, notamment pour les jeunes, qui me font des retours réguliers.

Nous organisons des réunions hebdomadaires pour faire le point sur tout ce qui touche au domaine sportif, y compris la communication. J'aime garder le contrôle sur les dossiers majeurs, mais je sais déléguer. C'est un métier extrêmement énergivore, qui demande beaucoup de sacrifices, notamment sur le plan familial.

Par le passé, à Consolat ou à Martigues, tu as géré des projets avec des ressources limitées. Comment parvient-on à bâtir des équipes compétitives avec des bouts de ficelle ?

C’est un exercice très difficile. À Consolat, le président m'avait annoncé d'entrée que la masse salariale imposerait de construire l'équipe uniquement sur des opportunités. Il faut alors faire preuve d'ingéniosité : recruter des jeunes à fort potentiel, relancer des joueurs revanchards ou aller chercher des profils qui souhaitent une vitrine pour se relancer.

C'est un travail de précision, presque de la dentelle. Il faut également trouver un entraîneur qui comprenne parfaitement ce contexte économique et qui partage les valeurs du club. Heureusement, ces paris ont souvent été payants.

Le projet de l'AS Cannes et les synergies internationales

Aujourd'hui à l'AS Cannes, tu te trouves dans une situation plus confortable sur le plan financier ?

Financièrement, la situation est évidemment plus stable qu'à Marseille Consolat ou Martigues. Pour autant, ma méthode de travail reste inchangée : je veille scrupuleusement au respect du budget. En National, plusieurs clubs disposent de masses salariales équivalentes ou supérieures à la nôtre. Nous ne faisons pas partie des budgets démesurés de la division, mais la stabilité du club offre un confort de travail supérieur, tout en nous obligeant à rester mesurés et stratégiques dans nos investissements.

Tu as validé cette année l'accession à l'échelon supérieur. Tu es arrivé en cours de saison (mi-octobre), dans un contexte sportif délicat. Comment as-tu réussi à inverser la tendance si rapidement ?

Cette montée est magnifique car c'était la première fois de ma carrière que je reprenais un club en cours de saison. À mon arrivée, l'équipe pointait à la 12ème place, à seulement trois points du dernier et avec un retard conséquent sur la tête. Le climat général était lourd. Lors de mon premier match d'observation, l'équipe a perdu 3-0 à domicile en terminant à neuf contre onze, face à un public très mécontent.

Lors des discussions avec les propriétaires, j'ai indiqué que le redressement était possible, à condition de pouvoir ajuster l'effectif lors du mercato d'hiver. Ma priorité absolue a été de trouver le bon entraîneur. Il nous fallait quelqu'un qui connaisse parfaitement ce championnat et les situations d'urgence. J'ai choisi Matthieu Chabert, un profil avec qui je voulais déjà travailler par le passé. En collaboration avec notre cellule de recrutement, nous avons ciblé des profils bien précis pour apporter une réelle plus-value à l'ossature déjà en place. Les résultats nous ont donné raison.

L’AS Cannes partage les mêmes propriétaires que l'AS Rome et Everton. Des synergies concrètes sont-elles mises en place entre ces clubs ?

Oui, tout à fait. C'est une volonté claire des actionnaires. Même si l'AS Cannes évolue encore à un niveau inférieur par rapport à ces deux institutions, notre progression est une étape importante. Nous avons par exemple bénéficié du prêt d'un joueur d'Everton ces derniers mois.

L'objectif est de mettre en place des échanges réguliers pour accueillir de jeunes joueurs professionnels qui manquent de temps de jeu en équipe première là-bas, afin qu'ils s'aguerrissent chez nous tout en aidant l'AS Cannes à grandir. Nous faisons des points réguliers avec le directeur sportif d'Everton, et des contacts sont également noués avec l'AS Rome, malgré les récents changements internes de leur côté. Un match amical est d'ailleurs prévu dans le cadre de notre préparation.

Perspectives, structuration et ferveur populaire

Le retour vers le haut niveau implique-t-il l'ouverture immédiate d'un centre de formation agréé ?

Pas dans l'immédiat. Ma priorité à court terme est de stabiliser l'équipe première dans cette nouvelle division. Nous devons également consolider nos équipes de jeunes : la réserve est montée en Régional 1 cette année et nous ambitionnons de la voir intégrer le National 3 à moyen terme. Nous voulons également que nos U17 intègrent durablement le niveau national. Le projet du centre de formation viendra ensuite, mais il reste bien sûr dans un coin de notre tête.

Le mercato estival est lancé. Tu as enregistré la signature de Julien Lopez et plusieurs prolongations. Quels sont tes objectifs pour finaliser l'effectif ?

Il était crucial pour le coach et moi-même de conserver une stabilité en prolongeant environ la moitié de l'effectif actuel. Une dynamique positive a été enclenchée depuis octobre, et nous souhaitons capitaliser dessus.

Pour le recrutement, nous cherchons à apporter une plus-value avec des joueurs expérimentés, ayant connu le niveau supérieur. Julien Lopez correspond parfaitement à ce profil. Nous ne multiplierons pas les arrivées de manière excessive. Mon objectif est que l'effectif soit bouclé à 95% pour la reprise de l'entraînement début juillet, afin de réaliser une préparation optimale.

En National, les promus réalisent régulièrement de très beaux parcours. L'ambition de l'AS Cannes est-elle de jouer immédiatement le haut de tableau ?

Beaucoup de promus brillent en s'appuyant justement sur la stabilité et la continuité de leur dynamique de montée, sans bouleverser leur effectif. Pour notre part, nous abordons ce championnat avec beaucoup d'humilité mais aussi de l'ambition.

Je ne te dirai pas que nous visons la montée immédiate, ce serait prématuré ; mais nous ne venons pas non plus pour jouer uniquement le maintien. Notre objectif est d'exister pleinement dans ce championnat, de bien figurer et de poursuivre notre progression constante.

Un mot sur les supporters de l'AS Cannes. Comment se passe la relation avec eux, surtout après cette délivrance de la montée ?

Ça se passe super bien, franchement. Ce sont de bons gars et j'ai été profondément touché par leur réaction. Le soir de la montée, j'ai vu des supporters en larmes. Je savais qu'ils attendaient ce moment depuis très longtemps – cela faisait plus de 22 ans que le club espérait s'extirper de ces divisions –, mais je n'imaginais pas une telle charge émotionnelle. Voir des hommes pleurer de joie comme ça, je me suis dit : « OK Djamal, là, tu as rendu des gens heureux. »

Ils se déplacent partout pour nous soutenir. Déjà à l'échelon inférieur, faire autant de déplacements avec autant de monde, c'est exceptionnel. Hormis peut-être un club comme Bordeaux, je ne vois aucune autre équipe à ce niveau capable de mobiliser une telle communauté. Chapeau à eux. J'espère qu'ils vont continuer à nous faire rêver et à mettre cette ambiance incroyable la saison prochaine.

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