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·19 mai 2026
EXCLU - Lucie Calba : « En tant qu’attaquante, on sait qu’on a un rôle à part »

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·19 mai 2026

À 21 ans, Lucie Calba s’affirme comme un visage du championnat de France. Élue joueuse du mois en décembre et fer de lance de l'attaque nantaise, l'ancienne Messine raconte son ascension, son admiration pour Benzema et son quotidien d'attaquante "qui ne se met pas de pression". Plongée dans la tête d'une joueuse qui "vit et mange football".
Voici quelques extraits de notre interview de Lucie Calba. L’intégralité de cet interview de 4 pages est à retrouver dans le magazine n°380 de Onze Mondial disponible en kiosque et sur notre eshop depuis le 3 avril 2026.
Quels sont tes premiers souvenirs avec le ballon rond ?
Ça remonte à longtemps, j’étais encore toute jeune. À l’époque, chez moi, j’avais tout le temps un ballon, quand je me baladais dans la maison, j’avais un ballon dans les pieds, quand j’allais me balader dans le lotissement avec ma soeur, j’avais un ballon, on jouait au football avec les voisins. Tout a commencé comme ça.
Ta soeur a continué dans le football ?
Oui, elle a joué avec moi jusqu’en équipe de France U16. Ensuite, elle a décidé d’arrêter, car c’est un rythme de vie assez imposant. Elle a préféré prendre une autre voie. Mais elle suit toujours mes matchs à fond, elle est à fond, toute ma famille aussi.
Comment passe-t-on du football dans un lotissement à un club de football ?
Dans mon lotissement, on était nombreux à jouer au football et l’un d’eux a pris une première licence. Au début, je n’étais pas trop favorable. Ma soeur y est allée avant. Elle est revenue enjouée de sa première expérience. C’est elle qui m’a poussée à prendre ma licence dans le club. Je l’ai suivie, c’est elle qui m’a lancée dans le football, c’est grâce à ma soeur jumelle que je suis là. À l’époque, le premier maillot que j’ai porté, c’est celui de l’ES Béchy, un tout petit village de Moselle.
Tu te rappelles de tes premiers entraînements, de l’accueil des autres ?
À l’époque, c’était un club mixte chez les catégories de jeunes. L’avantage, c’est que c’était un club qui ressemblait à un groupe de copains, je connaissais déjà quasiment tout le monde, car on habitait pas loin ou on était dans la même école. Le club, c’était l’extension du city. La seule différence, c’est qu’on avait un coach qui nous disait quoi faire. On prenait beaucoup de plaisir. Avec ma soeur, on était les deux seules filles. Et franchement, l’accueil était super, on n’a jamais eu de problèmes, c’était vraiment ambiance famille.
À l’époque, tu regardais du football ?
J’ai toujours regardé un max de football, même quand j’étais jeune. Quand j’étais petite, j’aimais bien le Real Madrid en Espagne et l’Olympique de Marseille en France. Concernant les joueurs, je n’ai pas un joueur en particulier qui m’a donné envie de me mettre au football. Après, j’ai toujours été impressionné par Karim Benzema, je l’ai toujours trouvé différent des autres. On va dire que je regardais les matchs parce que j’adorais ça. La Premier League, même si tu ne supportes pas une équipe en particulier, c’est ultra kiffant. Même un choc entre deux équipes de bas de tableau, c’est excitant.
Tu joues en attaque, tu adores Benzema, tu essayais d’imiter un peu ce qu’il faisait ?
Oui, forcément, je suivais ses mouvements, son positionnement. Après, Karim Benzema, ça reste Karim Benzema et moi, je reste Lucie Calba (rires). C’est sur que tu essaies toujours de copier ce qui se fait de mieux.
Finalement, tu rejoins le FC Metz toute jeune, à 10 ans !
Avec ma soeur, on jouait un tournoi avec l’ES Béchy et une personne du FC Metz a contacté ma mère pour qu’on signe toutes les deux là-bas. Après, comme pour ma première licence, je n’étais pas très chaude de changer. J’étais bien dans mon club de village, je ne voulais pas tout modifier. Encore une fois, c’est ma soeur qui a pris la décision de tenter l’aventure en première et elle m’a poussée à venir. Je peux la remercier (rires). Sans elle, je n’y serais pas allé.
Tu as senti le changement de dimension ?
Oui, mon oncle avait joué au FC Metz en centre de formation, j’ai de la famille qui supporte le club. Forcément, on sent qu’il n’y a pas les mêmes attentes, tout est un peu plus cadré. On ne s’entraîne qu’avec des filles, on a toutes les mêmes équipements. Quand tu es jeune, ça te marque.
C’est à ce moment que tu as découvert Saint-Symphorien ?
C’est ça ! À l’époque, j’ai pu faire ramasseuse de ballons pour les matchs des féminines. Je me revois rendre les ballons à Léa Khelifi ou Justine Rougemont quand elles étaient en première division. Et quelques années après, je jouais avec elles. C’était une sacrée fierté. Surtout, ça fait bizarre. On en rigole encore avec Léa, tout va très vite.
As-tu vécu des moments marquants durant cette période au FC Metz ?
Ça a été de belles années, car on était toutes au collège ensemble, on vivait une aventure commune avec de supers coachs. C’est vraiment une belle histoire. En plus, j’ai toujours kiffé Metz. Jouer dans le meilleur club de sa région, encore plus quand on aime le club, c’est gravé à vie. Tu gardes ça en toi pour toujours.
Le fait d’avoir pu rester avec ta famille pendant ta formation, ça t’a aidée ?
Oui, franchement, rester chez ma maman durant toute cette période, ça a été primordial. Je suis très famille. Ma mère nous a tout le temps amenées au foot, ma mamie aussi nous aidait beaucoup. Il y avait aussi ma grande soeur dont je suis très proche. C’est mon équilibre dans ma vie.
C’est une vraie histoire de femmes !
Oui, je jouais avec ma soeur jumelle. Ma grande soeur a aussi un peu joué. On a toujours été ensemble là-dedans. Ma maman ne nous a jamais dit que c’était un sport de garçons, qu’il n’y avait pas d’avenir dedans. Au contraire, elle a toujours cru en nous, nous a toujours soutenues. Elle a parfois limite fait passer notre passion pour le football avant sa vie. On lui doit ça.
Très jeune, tu te voyais faire carrière dans le football ?
Depuis que je suis petite, j’ai toujours voulu devenir footballeuse. À l’école, tu devais remplir des papiers en disant le métier que tu souhaites faire plus tard. Je marquais toujours footballeuse. Les professeurs avaient parfois du mal à le comprendre. Limite, on pouvait me dire qu’il fallait écrire un vrai métier. J’étais focus sur cette idée, je ne savais pas quoi écrire d’autre (rires). C’était ça ou rien d’autre !
Le premier gros moment de ta carrière, c’est ton départ du FC Metz au Stade de Reims.
Oui, après avoir effectué toutes mes classes au FC Metz, j’avais envie d’évoluer individuellement, voir autre chose. À l’époque, j’avais joué en D2, on était proche de monter en D1, mais je me suis dit que c’était le moment de rebondir ailleurs. Le club était en plein renouveau, c’était le moment pour moi d’écrire ma page. Reims a toujours fait confiance aux jeunes. Le coach m’a appelée et il m’a fait confiance dès le début. En plus, ça restait proche de chez moi, de ma famille. J’étais à deux heures de voiture, ça n’était pas non plus un si grand changement.
D’autres clubs avaient tenté de te faire signer ?
Non, plus jeune, d’autres clubs ont tenté de me faire signer. Mais j’étais très concentrée sur le fait de faire mes classes au FC Metz. Surtout, ma mère m’a toujours dit : il faut d’abord passer le BAC puis avoir le permis de conduire pour ensuite partir ou je veux. Elle accordait beaucoup d’importance à ça.
Et tu as tout validé ?
Oui, le BAC du premier coup et le permis… au second essai (rires), mais j’ai pu partir !
Avec Reims, pour ta première saison, tu marques des buts face au Paris FC, au Paris Saint-Germain, puis tu élimines l’Olympique Lyonnais en Coupe de France. Tu aimes ces grands rendez-vous ?
On peut dire que tous les matchs, je suis un peu stressée au début. Que ce soit un match face à l’Olympique Lyonnais ou une autre équipe, ça ne change pas. Mais j’essaie de me libérer. À Reims, on avait une équipe très jeune et j’ai tout de suite senti la confiance du coach. C’est ce qui m’a permis de jouer libérée, comme j’avais envie. C’était un très bon début d’aventure. C’est dommage qu’on descende à la fin de l’année, mais ça a été un super tremplin, je ne peux que remercier Reims pour cela.
Tu t’attendais à une adaptation si rapide après avoir quitté ta région pour la première fois ?
En ayant le coeur grenat, ça m’a fait bizarre. Je me disais, j’ai de nouvelles couleurs sur mes épaules, un nouveau logo à porter pour la première fois de ma carrière, ça m’a fait bizarre. Après, comme au FC Metz, le Stade de Reims est un club avec l’esprit famille. Ça reste des clubs aux idées similaires, ça ne m’a pas dépaysé.
Comment gères-tu la pression au quotidien, encore plus en tant qu’attaquante ?
En tant qu’attaquante, on sait qu’on a un rôle à part. On est scruté. Mais je ne me mets pas trop de pression. Je sais que je vais jouer un match de football, c’est ce que j’aime, c’est ma passion, donc j’ai juste envie de kiffer sur le terrain. Le reste, ça vient tout seul, tant qu’on arrive à prendre du plaisir.
Quelles sont tes qualités sur le terrain ?
Je suis une joueuse de collectif. J’aime être bien entourée pour me situer au mieux sur le terrain. Techniquement, je suis assez à l’aise. J’ai aussi une bonne vision du jeu et une bonne finition devant la cage. J’essaie d’être une tueuse devant la cage, cette saison, ça me réussit. C’est vraiment un aspect de mon jeu que je travaille. Je bosse avec l’entraîneur adjoint du FC Nantes, je fais du rab après chaque séance, des finitions.
Et quels seraient les défauts que tu essaies de gommer ?
J’essaie de m’améliorer physiquement : être plus puissante, plus percutante sur les duels. Et aussi mon jeu de tête.
Tu es assez petite, comment fais-tu pour compenser cela en attaque ?
J’essaie d’être plus vive que les autres, je bosse pas mal sur l’explosivité. Je sais que ma qualité numéro un ne sera jamais être impactante sur les duels aériens, mais j’essaie d’éviter le duel en me positionnant entre les lignes pour perturber les défenses. Je sais que c’est comme ça que je peux faire mal, en étant plus maligne dans le jeu.
Et en dehors du terrain, comment te décrirais-tu ?
Je suis plutôt timide, mais je rigole bien quand je suis à l’aise. Globalement, je suis assez réservée, je reste avec mes copines et je kiffe, je fais du football !
Qui chambre le plus dans le vestiaire ?
Sans contestation, c’est Mélissa Bethi qui chambre le plus, c’est la reine pour ça, Top 1 !
Tu nous disais que tu regardais beaucoup de football, c’est vraiment quelque chose qui prend de la place en plus des entraînements ?
Oui, c’est ma passion. Je vis football, je mange football. Des fois, c’est même un peu chiant peut-être, mais c’est vraiment important !
L’an dernier, tu as été nommée dans la catégorie des révélations de la saison en D1, c’était attendu ?
Je ne m’y attendais pas du tout ! Franchement, pour une joueuse qui vient de deuxième division et qui dispute sa première saison dans l’élite, c’est surprenant. Je ne pensais déjà pas que j’allais autant jouer en arrivant à Reims. Je pensais que ça serait une année de transition, charnière dans ma carrière, que j’allais plus connaître le banc des remplaçants. Tout a été très vite et je n’avais plus qu’à assumer ce rôle-là avec Reims.
Ces performances t’ont permis d’aller au FC Nantes cet été !
Je connaissais déjà le coach Nicolas Chabot depuis mon passage à Metz, il m’avait vu là-bas. Il m’a présenté un projet de jeu qui m’a tout de suite parlé. Un jeu de position, c’est ce qui va le mieux à mes qualités. C’était un projet ambitieux, donc pourquoi pas. J’avais la volonté de rester en D1 malgré la descente du Stade de Reims. Je me suis dit, c’est un bon projet, il faut se lancer !
C’est aussi une façon d’y aller étape par étape dans ta carrière ?
Oui, complètement. J’ai toujours voulu prendre mon temps, ne pas me précipiter dans mes choix. Je suis bien où je suis, à Nantes, c’est la bonne transition après le Stade de Reims. On produit le jeu que je kiffe, je me régale !
À Nantes, tu remportes aussi le titre de joueuse du mois en décembre, à tout juste 20 ans, dans un championnat avec beaucoup de stars, c’est beau !
On me l’a dit juste avant le match face au Paris FC, je ne m’y attendais pas. C’est une récompense du travail collectif de l’équipe. On avait réalisé une superbe demi-saison. Il y a des joueuses récompensées, mais ça incarne les performances du groupe. Le collectif avant tout comme on dit, car sans ce groupe-là, je n’aurais pas eu ce trophée.
Tu viens tout juste d'avoir 21 ans, tout va très vite dans le football parfois, ça n’est pas trop vertigineux ?
Tout peut aller très vite dans le bon sens, mais aussi dans le mauvais. Il faut garder la tête sur les épaules, ne pas penser qu’on est déjà arrivé et qu’il va y avoir des moments plus difficiles. Il faut être préparé à cela.
À quel moment tu t’es dit que tu pouvais vivre du football ?
Je n’ai pas forcément de moment précis, mais quand je fais mes débuts en deuxième division au FC Metz, je sens que quelque chose se passe. Quand j’étais à l’école et que je voyais les plus grandes vivre du football, je me disais que je devais tout faire pour arrêter l’école (rires), avoir le BAC et faire uniquement du football ensuite. Allier l’école et le football, c’était dur.
Quels sont les objectifs désormais ?
Je n’aime pas forcément les objectifs chiffrés. J’essaie de vivre au jour le jour en donnant tout chaque matin. Actuellement, je suis à Nantes, je m’éclate et je cherche à gratter le plus de temps de jeu possible. C’est ma priorité, marquer encore plus de buts aussi, mais je ne mets pas de pression sur une barre à atteindre, j’essaie de garder mon calme. Comme je le disais, tout peut aller très vite.
Tu es la première buteuse du FC Nantes à La Beaujoire, c’est peut-être anecdotique, mais c’est quand même un beau moment…
Oui, La Beaujoire, c’est un stade mythique. Le FC Nantes, c’est un club majeur dans la France du football. C’était assez extraordinaire. En plus, pour ce but face au Paris FC, le stade était bien rempli, il y avait beaucoup de monde, plus de 15 000 supporters. On arrive à ramener du monde, les gens dans le club font un super travail pour que les gens s’y intéressent. C’est un kiff de jouer devant 15 000 personnes ! Lors du match face à l’OM, il y avait 17 000 personnes !
Qu’est-ce que ça change de jouer devant autant de monde ?
Personnellement, je me sens pousser des ailes. Ça n’est pas la même chose du tout. Tu sens tout le stade pousser derrière toi. Comparer à un stade vide, c’est singulièrement différent. Le terme de « 12ème homme » n’est pas du tout exagéré. On s’entend un peu moins bien quand on parle sur la pelouse, mais je signe des deux mains pour moins s’entendre tous les week-ends et jouer devant 20 000 personnes.
Actuellement, le FC Nantes est deuxième derrière l’OL, mais devant le Paris FC ou le Paris Saint-Germain. Comment tu juges ce début de saison ?
Je savais que c’était un club avec de grosses ambitions. C’est ce que le coach m’a dit. Lors de la préparation, on a pu sentir que le groupe avait vraiment bien pris, qu’on était un groupe de copines qui s’entend super bien sur le terrain. Après, la première partie de saison a été très bonne, mais le plus difficile est devant nous. Il y a des clubs qui jouent leur survie, ça sera encore plus difficile d’aller décrocher des victoires. On le sait, mais on est prêtes, car on sait aussi qu’on sera encore plus attendues.
Le but, c’est accrocher les play-offs ?
De base, l’objectif était de s’installer dans le top 5. Maintenant, on est plus haut que ça, donc on verra bien ce qu’il se passe en fin de saison. Mais voilà, il faut garder cette même dynamique !
Jouer à La Beaujoire, ça a fait évoluer ta cote de popularité dans la rue ou sur les réseaux ?
Un petit peu, oui. À Nantes, il y a beaucoup d’engouement autour des garçons et des filles. Le public nantais aime voir ses joueuses. Ici, les gens vivent football. On croise souvent des gens dans la rue avec des tenues du club. À Reims, c’était moins le cas par exemple.
As-tu un objectif de buts pour la fin de saison ?
Actuellement, j’en ai mis 10, mais je n’ai pas forcément d’objectif fixé. Je gère match après match. Si je marque, tant mieux, mais le principal, c’est qu’on gagne les matchs !
15 buts ?
On verra (rires) !
Tu as évolué dans toues les catégories en équipe de France. Forcément, quand on est dans un club qui pointe à la deuxième place, on pense aux A ?
Oui, forcément. Actuellement, je suis en équipe de France U23, je reste jeune et j’ai encore beaucoup de choses à prouver. Je veux continuer sur cette lancée. Ça passera forcément par les performances. Je ne me mets pas de pression. Je joue au football, je kiffe et voilà.
Pas de pression, c’est ce qui te caractérise ?
Oui, complètement. Je fais du football, je kiffe, c’est ma passion. Je veux juste prendre du plaisir et la suite viendra.
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