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·12 de fevereiro de 2026
Entretien : “Il y a beaucoup de caractère aux Girondins de Bordeaux”, Lucas Martin, scout professionnel

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·12 de fevereiro de 2026

Lucas Martin, recruteur professionnel, était l'invité du Talk WebGirondins. Présent dans la cellule de recrutement du RAAL La Louvière (Jupiler Pro League) pendant trois ans, il revient en détail sur son parcours, son métier, et pose son œil sur l’effectif des Girondins de Bordeaux.
Écoutez un extrait de ses propos et lisez l’intégralité :
WebGirondins le Talk : Peux-tu nous présenter ton parcours ?
Lucas Martin : J’ai grandi en région parisienne, donc j’ai baigné dans le football amateur et semi-professionnel. J’ai commencé par de l’analyse vidéo avant de créer mon entreprise de scouting. J’ai bossé avec des clubs comme Rio Ave (Portugal, dans la post-formation) et le NEC Nimègue (Pays-Bas, équipe première). Par la suite, j’ai travaillé avec une agence qui représentait de jeunes talents en Hollande. Enfin, j’ai intégré la RAAL (Belgique) sur candidature spontanée il y a trois ans, car ils cherchaient quelqu’un sur la France.
Quel est ton métier, ton rôle, qu’as-tu fait à La Louvière ?
Nous étions organisés dans une cellule moderne, avec une répartition par régions et par postes. Nous utilisions un outil statistique, FootRanker, pour générer des short-lists. En France, mon travail était très terrain : U18 R1 à U19 National chez les jeunes, R1 à Ligue 2 chez les seniors. En National 2 ou 3, il n’y a pas de vidéo, donc il faut aller au stade. Il faut connaître les championnats et cibler les bons matchs pour être efficace.
Quels sont tes interlocuteurs et ce que tu regardes chez un joueur ?
Le langage corporel sur le terrain est un indice, mais il peut biaiser l’analyse. Il faut aussi observer l’entourage, les réseaux sociaux, échanger avec les anciens éducateurs. Pour moi, voir un entraînement est l’indicateur le plus fiable : on observe le comportement quotidien, la relation aux coéquipiers. Les caractéristiques cognitives représentent environ 80 % de la performance. Certains joueurs compensent même un poste mal adapté par leur intelligence relationnelle.
Est-ce qu'il y a beaucoup d'échecs dans le recrutement ?
C’est quelque chose de très subjectif, mais le scouting en France est en plein essor. Aujourd’hui, l'observation qualitative, c’est 60-70% de l’analyse de la performance. Après, il y a tout ce qui est psychologique, ce qui fait 20-30%, et pareil pour la data. La data ne décide jamais d’un transfert, elle aide à interpréter ce que l’on voit. En tant que scout, notre job est de limiter les risques. On ne peut pas tout le temps ramener les meilleurs joueurs. L’idée est de trouver les meilleurs profils pour notre contexte. Bordeaux l'a bien fait l'été dernier avec Openda et Etonde. Limiter les risques, c’est prendre un joueur qui a les valeurs du club et qu'il puisse s’approprier le contexte du club.
Que penses-tu de l’effectif des Girondins de Bordeaux ?
Je trouve qu’il y a un bon équilibre entre jeunesse et expérience. Il y a beaucoup de joueurs pertinents, avec beaucoup de potentiel, avec des qualités fortes qui sont bien utilisées. Je trouve que l’utilisation du 4-3-3 et du 4-4-2 permet de varier les profils et d’utiliser les joueurs autrement.Par exemple, Royce Openda jouait piston lorsqu’il était à Chambly et à Lorient. Aujourd’hui, il évolue en tant qu’ailier ou deuxième attaquant. C’est hyper intéressant, car ça permet à des joueurs ayant une large palette de s’exprimer. Il y a beaucoup de caractère dans cette équipe et des joueurs qui peuvent raviver la combativité des coéquipiers. Il y a de jeunes joueurs qui se laissent trop facilement perturber et ils sont bien conditionnés sur ce point de vue là. C’est quelque chose qui me vient encore plus naturellement, car à la RAAL La Louvière, on avait du mal à gérer les fins de matchs. Cet aspect m’a marqué, et ce n’est pas le cas à Bordeaux.
Qui sont ces joueurs qui assurent cette stabilité ?
Jean Grillot et Ruben Droehnlé. Je trouve que ce dernier ne s’exprime pas trop. Il est assez taiseux, mais c’est plus dans l’exemple par l’attitude, le comportement. Ça se ressent dans son jeu, puisqu’il ne communique pas assez quand il sort sur le porteur du ballon. Dans les espaces aussi, cela peut s'améliorer.
Je trouve que Shamal est un joueur qui respire le club, qui est très inspirant pour les jeunes joueurs et permet de structurer leur engagement et leur investissement.
Penses-tu que Tidyane Diagouraga arrivera à passer ce cap en gagnant en régularité et en devenant un élément clé d’une équipe sur toute une saison ?
C’est un cas particulier. Pour moi, c’est un profil jeune qui doit progresser tactiquement. Je pense que ce n’est pas une irrégularité, il a des périodes de creux pendant les matchs. Il a des moments où tu sens qu’on lui a donné une charge de responsabilité dans son poste, et parfois il se déconnecte au fil des matchs. C’est un joueur qui est vraiment intéressant. Il défend en avançant, il est agressif à la récupération, il récupère des ballons hauts et permet d’amorcer des contre-attaques. Il faut vraiment qu’il progresse tactiquement, car il y a un cap à passer dans la réflexion. C’est encore insuffisant.
Que penses-tu du fait qu’il n’y ait plus de centre de formation professionnelle dans le Sud-Ouest de la France ?
C’est désastreux. Je pourrais prendre des synonymes, mais la Nouvelle-Aquitaine est vraiment une niche à talent. Il y a plein de joueurs qui sortent chaque année. Maintenant, il y a énormément de jeunes précocement intégrés en pôle espoir, du fait de la volonté de les fidéliser à la région et de les promouvoir dans des catégories supérieures. Le problème, c’est qu’on se retrouve confronté à la fuite de ses joueurs qui partent dans d’autres régions. On verra ces dégâts-là sur le long terme.
En revanche, il y a des choses intéressantes qui sont faites en U17 National, du côté de Marmande et d’Angoulême. Au niveau U19 National, il n’y a plus d’équipes. Il y avait Mérignac (relégation) et Bergerac (rétrogradation administrative). Le problème est aussi qu’il y a beaucoup de National 3 solidement ancrées qui ont été reléguées en R1. Il était plus facile de rebondir dans ces équipes-là en sortie de centre de formation.
Est-ce qu’il y a un cas pratique que tu gardes en tête dans ton métier ?
J’ai envie de dire Djibril Lamego. On est allé le chercher en National 3. Il était à Chantilly, et pour moi, c’est un peu à l’image du recrutement que l’on a mis en vigueur sur les trois dernières saisons : prendre des profils de ce type, peu importe le niveau, mais adapté à notre contexte.
La plus grosse marge de progression sur le recrutement, c’est la capacité à se positionner sur des profils comme ça. Des joueurs en N2, N3, pas conservés en centre de formation qui ont besoin d’une seconde chance. En Belgique, de nombreux joueurs de ces divisions ont été achetés. Il y a un gros marché.
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